Une PTG et pas de kiné disponible ? Pas d’affolement…


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Vous venez de vous faire opérer d’une prothèse totale de genou (PTG) et vous ne trouvez pas de place en ce moment en centre de rééducation ? Vous venez de téléphoner au cabinet et je suis malheureusement dans l’impossibilité de réaliser des séances ?

Pas d’inquiétude : à circonstances exceptionnelles, prise en charge exceptionnelle !

Pas de place en centre de rééducation ?

Depuis 2008, aller faire de la kinésithérapie après la pose d’une PTG dans un centre de rééducation fonctionnelle (CRF) n’est pas systématiquement recommandé par la Haute Autorité en Santé : toutes les études ont montré que vous n’étiez pas mieux rééduqué en centre qu’en libéral, pour un coût 10 à 20 fois supérieur (une journée en CRF coûte à la louche entre 400 et 700 €, une séance de kinésithérapie en libéral coûte… 16,3 €).

Si votre médecin ou votre chirurgien vous a conseillé d’aller en CRF, c’est peut être parce que vous n’aviez personne à domicile pour vous aider les premiers jours, ou que vous avez d’autres problèmes, d’autres maladies nécessitant une prise en charge par d’autres praticiens que des kinés ou des infirmier(e)s. 

Si ce n’est pas le cas, vous ne serez pas le seul à être confiné chez vous 🙂 Votre admission en CRF était juste la volonté de votre médecin de vous faire bichonner un peu plus : on est dans le domaine du confort, pas du soin. Vous ne risquez rien sur le long-terme.

Comment je vais faire ma rééducation sans arthromoteur ?

Là encore, cela fait des années qu’une multitude d’études ont observé que cette machine censée récupérer les amplitudes d’un genou opéré était sans aucun intérêt thérapeutique. 

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C’est ça un arthromoteur. La machine plie et tend le genou à votre place, pendant des heures.

On ne va pas se mentir : pendant que vous vous faites bercer sans effort votre genou traumatisé, les praticiens peuvent aller consacrer plus de temps aux autres patients du cabinet ou du CRF… Vous êtes mieux là qu’à la cafétéria, c’est tout.

3Si vous voulez faire de l’arthromoteur chez vous, de façon beaucoup plus efficace, récupérez le skateboard de votre gamin ou de votre petit-fils, asseyez vous sur une chaise (haute de préférence), posez le pied sur le skateboard et faites le rouler d’avant en arrière. Si vous n’avez pas de skate-board, prenez la balle du chien et faites de même en la faisant rouler sous le pied : il vous reste l’autre pied pour empêcher l’animal à récupérer son bien.

Mon genou est très gonflé et très chaud

Ca, c’est très important, vital, même : Il faut en premier lieu en parler à votre infirmière : c’est elle qui vous fera les premiers soins au sortir de l’hôpital et vérifiera l’état de votre cicatrice, votre traitement anti-coagulant.

Si elle n’y trouve rien à redire et que celà vous inquiète quand même, sachez que cette plainte est quasi-systématique chez tous les patients. Le genou apparait la plupart du temps très volumineux parce qu’on vient quand même de vous «charcuter» généreusement l’articulation et de vous lester d’une volumineuse prothèse en métal, et parce qu’il n’arrive pas à s’étendre autant que l’autre et donne l’impression d’être plus gros. Cela va rester longtemps comme çà, le temps que l’organisme accepte ce corps étranger. C’est un peu comme une tentative de rejet du corps de cette masse de métal et de plastique. 

J’ai très mal au genou

Ca, c’est bizarre, parce que vous êtes comme dans la situation d’un patient amputé de la jambe qui se plaint d’une douleur au gros orteil : il n’a plus de gros orteil et vous n’avez plus votre genou d’origine.

Les pièces métalliques ne sont pas innervées et rien ne peut transmettre les sensations de pression, chaleur, acidité de l’articulation. Ce que vous pouvez avoir, dans les premières semaines après l’intervention, ce sont les sensations à la périphérie de la prothèse, le temps que l’os se modèle autour de cette nouvelle articulation.

Si cela fait plus de deux mois que vous êtes opéré, l’explication est autre : elle réside dans l’inquiétude qu’à votre cerveau quant à la supposée fragilité de votre articulation et à la représentation qu’il s’en fait. 

Pour ce qui est de l’inquiétude, je vous prescrit sans modération la lecture du site web Retrain Pain dans sa version française. Vous avez juste à cliquer sur ce titre :

Retrain Pain : Comprendre et traiter les douleurs, le site indispensable

Vous pouvez consommer cette médication sans restriction, matin midi et soir : ce n’est pas comme le paracétamol, il n’y a aucun risque de surdosage. Elle est même infiniment préférable au paracétamol parce qu’au moins, avec elle, vous ne risquez pas la prothèse de foie (le paracétamol serait la première cause de greffe hépatique en France).

Sans titre

Pour ce qui est de la fragilité de votre articulation, vous repasserez : cette prothèse n’est pas prête de lâcher, vous pouvez vous appuyer dessus, c’est pas du béton, mais c’est du solide : elle ne se luxe pas, elle ne se tord pas, elle ne se déplace pas. 

Pour ce qui est de la représentation que votre cerveau s’en fait, il vous faut lire cette vidéo sur l’illusion de la main en mousse (Rubber Hand Illusion) pour comprendre comment tous les cerveaux fonctionnent : ce n’est pas l’articulation qui fait mal : votre cerveau vous fait mal quand il est persuadé (à tort ou à raison) que votre articulation est fragile. Il vous provoque une douleur pour que vous ne vous en serviez pas, ce qui est idiot la plupart du temps.

Et vous pouvez constater dans cette vidéo qu’il suffit d’évoquer un risque virtuel pour que le cerveau prenne peur.

Une canne ? Deux cannes ? Pas de cannes ?

Dans les premiers temps, marcher avec deux cannes est nécessaire. Le principe nécessite d’être rappellé : vous allez alterner la marche avec trois appuis (deux cannes et votre membre opéré) et un appui (votre autre membre inférieur), tant que le muscle principal de votre cuisse (le quadriceps) ne sera pas capable de maintenir raide votre genou lors de l’appui. 

Après, lorsque ce muscle sera réveillé de l’opération, les deux cannes vous serviront de protection contre les déséquilibres, mais vous pourriez aussi bien utiliser les murs de votre couloir s’ils sont à portée. 

Il ne faut pas confondre, ce n’est pas comme une fracture :

Vous ne risquez pas de casser votre prothèse sans prendre de cannes. Vous pouvez poser tout votre poids du côté de l’opération dès le premier jour sans aucun risque. Si une douleur survient, ce ne peut être lié qu’à la crainte de votre cerveau quant à une fragilité supposée. 

Pourquoi plutôt deux cannes ?

Après, une marche bien symétrique est aussi une marche économique : vous aurez donc plus intérêt à garder le plus longtemps possible vos deux cannes pour assurer cette symétrie que d’en poser une, pour marcher en boitant, de guingois. Les médecins considèrent que c’est un progrès de quitter une canne rapidement : je n’y crois pas. 

J’y connaît rien en rééducation. Comment faire ça tout seul ?

Le genou n’est pas une articulation compliquée. Basiquement, c’est :

1°- une charnière qui doit se plier le plus possible et se tendre complètement. Elle sert juste à régler la longueur du membre inférieur dans les tâches de la vie quotidienne pour les escaliers, s’asseoir, pédaler, … Pour marcher sur terrain plat, elle varie peu dans ses amplitudes et reste proche de la rectitude.

2°- un muscle qui permet à la charnière de se déplier (extension) ou d’éviter qu’elle se plie (flexion) trop vite, en freinant le mouvement. C’est le même muscle qui travaille dans les deux cas, soit en se raccourcissant lors de l’extension, soit en s’allongeant lors de la flexion lorsque vous êtes en appui (du coup, ça ne s’applique pas lorsque vous faites le cochon pendu ou si vous êtes cosmonaute en apesanteur, mais ce sont des circonstances plus rares).

En gros, il n’y a que lui à travailler.

Travailler l’extension du genou

Oui, mais moi, je n’ai pas de matériel

C’est couillon, parce que vous avez juste besoin d’un mur, d’un sol, d’un lit et d’une marche d’escalier. Un ballon pourrait vous aider, mais rien d’obligatoire. 

L’assis sans chaise dynamique

ex6050Votre dos est appuyé contre un mur. Vos hanches sont fléchies, vos genoux sont fléchis et collés l’un à l’autre. Vous vous laissez glisser le long du mur jusqu’à obtenir la flexion du genou la plus importante tout en restant confortable. Vous allez faire des alternances de glissades du dos sur le mur vers le bas et vers le haut. Combien ? Pour le genou opéré, vous pourriez en faire 10000 par jour (11000 si vous avez le temps), mais vous risquez de sensibiliser beaucoup trop le genou du côté non opéré qui ne doit pas être à la noce ces temps-ci. Ca se trouve, il est guère mieux que l’autre voire pire….

Pensez à vous chaussez avec des chaussures aux semelles anti-dérapantes.

L’assis sans chaise sans bouger

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Dans la même position, vous pouvez simplement maintenir la position basse le plus longtemps possible en chronométrant le temps que vous y passez. Vous pourrez ainsi contrôler votre évolution et l’endurance de vos quadriceps de jour en jour.

La presse 

Couché sur le lit, la tête du côté des pieds, hanches et genoux fléchis, le genou du côté de l’opération reposant sur la tête du lit directement ou par l’intermédiaire d’un ballon, vous écrasez le mur ou le ballon comme si vous vouliez vous repousser du mur et vous maintenez la pression en alternant 10 secondes d’appui maximum, 10 secondes de repos. Vous pourriez le faire au sol mais vous n’allez pas pouvoir vous accroupir et il vous faudra les pompiers ou un palan pour vous relever.

Les accoudoirs du canapé s’ils sont solides et que la télé est dans le champ visuel ?

Faire face aux escaliers

  1. Faites face à la première marche et posez le pied côté opéré sur cette première marche. 
  2. Agrippez les rampes et posez le pied non-opéré sur la marche en vous aidant le moins possible des rampes. S’il n’y a qu’une rampe, prenez une canne de l’autre côté.
  3. Redescendez le pied côté non-opéré sur le sol en gardant le pied côté opéré sur la première marche.

Faites le mouvement le plus lentement possible, sans prendre d’élan, pour monter comme pour descendre. Vous finirez par ressentir un échauffement au milieu de la cuisse après l’avoir fait suffisamment : c’est le temoignage du travail de votre quadriceps. Félicitations, vous avez bien travaillé !

Pour gagner en flexion, il ne vous reste qu’à prier

C’est le deuxième point le plus important ; faire que le genou puisse bien se plier.

Idéalement, il faut au moins 120° pour être confortable dans les escaliers, pour s’asseoir en symétrique, et on considère que c’est déjà bien si vous pouvez plier à angle droit (90°) trois semaines après la chirurgie. 

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Pas gagné de plier plus…

Tous les patients n’ont pas les mêmes résultats : peut être qu’à 20 ans vous pouviez vous asseoir sur vos talons, mais peut être pas et peut être plus maintenant.

Nous ne sommes pas tous pareils et les patients opérés ne sont pas tous logés à la même enseigne ; certains plient leurs genoux mieux que d’autres, pour des raisons qui sont indépendantes de leur volonté : une petite variation anatomique, une prothèse pas parfaitement adaptée à leur morphologie, et certains seront limités à 100° alors que d’autres franchirons allègrement les 130°. 

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Il y a encore de la marge…

Ce qui pose problème à tous au début, c’est le nez de marche, la baignoire, et s’asseoir confortablement : 

  • Pour monter les escaliers de face, il ne faut pas que le pied bute sur la marche du dessus. 
  • Pour la baignoire, il faut 135° de flexion pour en sortir, c’est donc le moment de faire poser une douche à l’italienne.
  • Pour s’asseoir confortablement, il faut pouvoir glisser un pied sous la chaise et donc avoir plus de 90° de flexion du côté opéré ou provisoirement glisser le pied non-opéré sous la chaise. Si vous ne comprenez pas ce que je veux dire, essayez de vous asseoir sur une caisse ou regardez la photo ci-dessous 🙂 

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La prière pluri-quotidienne est le remède à la perte de flexion. Toutes les idoles sont vénérables, il suffit d’une genu-flexion sur une chaise, à moins que vous ayez conservé votre prie-dieu. 

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Prie-dieu

Choisissez une chaise ferme, interposez un coussin entre chaise et genou, tenez vous au dossier et maintenez dès que vous y penser cette posture, en flexion maximale confortable.

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A terme, rien ne doit vous empêcher de vous agenouiller sur le côté prothétique. Bien sûr, les patients porteurs de PTG ne peuvent plus dans leur immense majorité s’asseoir sur leurs talons mais prendre appui la cuisse verticale et la jambe à angle droit doit être réalisable par tous.

Faites des poses régulières en vous étendant le genou

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La bonne position

Laissez votre genou tendu la jambe posée sur la table du salon, le gros orteil en direction du plafond. Là-encore, glissez un coussin sous la jambe si l’appui est trop inconfortable. Profitez de cette posture pour poser un sac de 5 kgs de petits pois congelés sur le genou pour diminuer les inconforts liés aux exercices. 

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Vous pouvez essayer comme ça, mais ça va être vite inconfortable. Vous pouvez alterner les deux positions

Et puis c’est tout ?

Faites déjà ça quotidiennement voire pluri-quotidiennement, une demi-heure deux fois par jour. Vous n’êtes pas plus bête que les autres, vous allez y arriver 🙂

S’il vous manque une précision sur cette prise en charge, vous savez où me joindre, il suffit de téléphoner au cabinet ou de laisser un commentaire ici  🙂

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