Presque 60% des patients lombalgiques remplissent leurs scores en ligne aux Pays-Bas


photo of people beside table
Photo de bongkarn thanyakij sur Pexels.com

Les physiothérapeutes néerlandais utilisent les scores sans trop savoir pourquoi.

Cette étude a exploré :

  • L’utilisation par les physiothérapeutes des auto-questionnaires pour les patients souffrant de lombalgie aiguë, 
  • Les raisons sous-jacentes de l’utilisation de ces instruments, 
  • Leur influence perçue sur la prise de décision clinique,
  • L ‘association avec les caractéristiques du physiothérapeute (sexe, années d’expérience en physiothérapie et pour la prise en charge de la lombalgie, affinité globale pour la cyber-santé).

Méthodes 

Il s’agissait d’un sondage auprès de physiothérapeutes néerlandais en milieu de soins primaires. 

Un échantillon de 650 physiothérapeutes recrutés dans les réseaux de soins primaires liés à la lombalgie a reçu cette enquête entre novembre 2018 et janvier 2019.

85 (13%) l’ont complétée.

Résultats 

Presque tous les physiothérapeutes répondants (98%) ont déclaré utiliser des outils de dépistage ou d’autres instruments de mesure dans les cas de lombalgie aiguë. L’échelle Quebec Back Pain Disability Scale (64%) et le STarT Back Screening Tool (61%) sont les plus utilisés. 

Ces instruments sont principalement utilisés pour évaluer l’effet du traitement (53%) ou évaluer les symptômes (51%); seulement 35% des répondants ont indiqué un objectif pronostique. 

Près des trois quarts (72%) ont déclaré que l’instrument n’avait eu qu’un impact minimal sur leur prise de décision clinique dans les cas de la lombalgie aiguë.

Les instruments de mesure ont été le plus souvent complétés par le patient en ligne (58%) ou par le physiothérapeute après avoir interrogé le patient (44%). 

Les physiothérapeutes utilisent généralement des outils de dépistage pendant (ou même avant) la prise (94%) et, dans certains cas, pendant (34%) ou à la fin du traitement (47%). 

L’évaluation des effets du traitement (53%) et l’évaluation des symptômes (51%) étaient les raisons les plus fréquemment rapportées pour utiliser ces instruments. 

Près des deux tiers (65%) des répondants ont déclaré avoir discuté des résultats de l’instrument avec la plupart ou la totalité de leurs patients. 

En ce qui concerne un outil de dépistage «idéal» pour la lombalgie aiguë, les répondants ont déclaré que l’applicabilité (35%) était la caractéristique la plus préférable. 

Une classification du profil de risque (56%) a été choisie comme type de résultat le plus préférable à partir d’un outil de dépistage.

Il n’y a pas de profil particulier, juste un peu plus de physios hommes que femmes. 

Conclusion des auteurs

Les physiothérapeutes utilisent fréquemment des instruments de mesure déclarés par les patients dans les cas de lombalgie aiguë, mais principalement pour des raisons non pronostiques. 

Ils semblent estimer que les instruments actuels ont une valeur ajoutée limitée pour la prise de décision clinique. 

Il est possible qu’un nouvel instrument de mesure (par exemple un outil de dépistage) doive être développé pour répondre aux besoins et aux préférences du physiothérapeute.

Les résultats suggèrent également que le physiothérapeute devra peut-être être plus critique quant à l’instrument de mesure qu’il utilise et à quelle fin il l’utilise.

Commentaire 

13% de répondants au questionnaire…. Les autres ont eu honte de dire qu’ils ne pratiquaient pas les scores ? S’en foutent ? Cela relativise encore plus les résultats de ce questionnaire que j’imagine rigoureusement mené. Quid des questionnaires de K4 qui fleurissent sur Facebook à des fins de mémoire de fin d’études…

Je fais partie des kinésithérapeutes qui considéraient que les scores étaient des instruments de contrôle et non de diagnostic, puisque ça ne changeait pas ma façon de faire. Même si je suis bien content de voir cet avis partagé par les confrères néerlandais, je pense aujourd’hui que nous avons tort de croire cela :

Je suis en train de réviser mon jugement (pourtant enseigné pendant des années en IFMK mea maxima culpa) en me disant que tout compte fait, placer le patient devant une image objective de sa problématique pathologique, c’est déjà une façon de le soigner et cela contribue à une évolution positive.

A la recherche d’une solution réalisable en cabinet dans le temps imparti, j’ai vite abandonné les apps sur tablettes au vu du ridicule de la situation : un patient qui parle face à un kinésithérapeute tête baissé touchant frénétiquement du doigt un écran, ou un temps hors séance avec des données potentiellement fausses puisque prises hors contexte et sans vérification possible.

Le créneau administratif de 10 minutes à chaque début de prise en charge permet au patient de remplir son score. Je le vérifie et en discute avec lui après, remplissant avec lui les manques ou cherchant pourquoi il n’a pas rempli. On soulève des lièvres à chaque fois…

Je me suis posé la question de laisser en aveugle le patient réalisant son score en fin de traitement du score réalisé au début de celui-ci et j’ai vite conclu pour deux raisons :

  1. S’il écrit avec un stylo d’une autre couleur, il peut écrire les deux scores sur une même feuille (4 couleurs pour les articulations G & D s’il souffre des deux côtés). Une page recto-verso peut contenir l’ensemble des données concernant la prise en charge.
  2. Il faut que j’arrête avec l’idée que des patients pourraient tricher sur leur état et moduler les réponses finales en fonction des réponses initiales. Après tout, c’est leur problème et cela risque plus d’allumer une réflexion bénéfique chez eux que d’induire un biais. Ce serait un biais majeur si je faisais de la recherche, mais je fais de la clinique.

A noter que dans l’étude, 58% des évaluations sont faites par le patient en ligne. Ca fait juste dix ans que je réclame ça à chaque coup qu’un fabricant de logiciel me propose d’utiliser son bilan à clics, mais en France, ce n’est pas l’utilisateur qui décide, mais le concepteur qui sait mieux que quiconque ce qu’il faut faire.

PS : Mon titre est potentiellement faux bien sûr : sûrement que beaucoup de patients néerlandais n’utilisent pas de scores du tout.

Ma fiche à moi que J’aime, avec le Start Back & le Roland Morris (qui n’est pas choisi par les néerlandais ?)

Références bibliographiques 

hollandeKnoop J, van Lankveld W, Geerdink FJB, Soer R, Staal JB. Use and perceived added value of patient-reported measurement instruments by physiotherapists treating acute low back pain: a survey study among Dutch physiotherapists. BMC Musculoskelet Disord. 2020 Feb 24;21(1):120. doi: 10.1186/s12891-020-3132-9.

Articles en rapport avec le sujet

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s