Histoire de la thérapie manuelle 


aesculape et scapulalgie

– Dis papy, pourquoi le Monsieur il pousse sur l’épaule de la dame qui lui a rien fait ?

– Parce qu’il pense qu’elle a une épaule déplacée d’après les tests qu’il a fait avant et que s’il fait ça, elle aura moins mal après.

– Ils soignaient comme ça, avant ? et c’était efficace sur l’hypersensibilité d’origine centrale ?

– Un peu mieux que lorsque la thérapie par le discours était employée isolément, mais pas guère plus…

– Mais il ne respecte pas du tout la distanciation sociale ? Il n’a pas peur du CoVid ?

– Ça, aussi, c’était avant.

En 2007, Erland Pettman a publié un article sur l’histoire de la thérapie manuelle [1]. Cette note est basée sur ses écrits.

Les origines 

Historiquement, la thérapie manuelle peut retracer ses origines à partir des développements parallèles dans de nombreuses régions du monde où elle a été utilisé pour traiter une variété de troubles musculo-squelettiques. Il est reconnu que la manipulation vertébrale est et a été largement pratiquée dans de nombreuses cultures et souvent dans des communautés isolées du monde (Indonésie, Hawaii,  Japon, Chine, Inde, chamans d’Asie centrale, Mexique, rebouteux du Nepal, de Russie, de Norvège).

Dans les anciennes civilisations occidentales, autour du bassin méditerranéen, la Grèce fournit la première preuve directe de la pratique de la manipulation vertébrale (400 avant JC).

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Dans ses livres sur les articulations, Hippocrate (460-385 avant notre ère), qui est souvent désigné comme le père de la médecine, a été le premier médecin à décrire les techniques vertébrales par gravité pour le traitement de la scoliose. Dans ce cas, le patient était attaché à une échelle et placé tête en bas. Dans la deuxième technique, il décrit l’utilisation d’une table avec des sangles diverses, roues et essieux permettant l’application de tractions. La main, le pied, le poids du praticien assis, ou un levier en bois pouvaient alors être utilisés pour induire une pression sur le rachis ou pour traiter une vertèbre ou une gibbosité proéminentes. Hippocrate a noté que ce traitement devait être suivi par des exercices.

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Claude Galien (131-202 après JC), un chirurgien romain éminent, a fourni des preuves de l’usage de la manipulation avec des techniques le praticien restant debout ou piétinant le rachis. 

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Avicenne (Ibn Sina, aussi connu comme le médecin des médecins) de Bagdad (980-1037 après JC) reprenait des descriptions de techniques d’Hippocrate dans son Livre des guérisons. Une traduction latine de ce livre a été publiée en Europe et a pu influencer les futurs chercheurs tels que Léonard de Vinci, contribue grandement à l’émergence de la médecine occidentale.

La renaissance de la médecine a commencé avec André Vésale, qui en 1543 traita de l’anatomie descriptive.  

Les procédures de manipulation d’Hippocrate sont à nouveau apparues dans les écrits du 16ème siècle de Guido Guidi et Ambroise Paré.

En 1580, Paré, célèbre chirurgien militaire français qui a servi quatre rois successifs, a conseillé l’utilisation de la manipulation dans le traitement de la colonne vertébrale. 

En 1656, le frère Thomas décrit des techniques de manipulation pour les extrémités et en 1674 (avec une version latine en 1693), Johannes Scultetus inclut des descriptions des méthodes de manipulation d’Hippocrate.

Le 19° siècle ; relations entre médecine moderne et manipulation vertébrale

Alors que personne ne conteste ces origines précoces de la thérapie manuelle, à partir du 19ème siècle, la thérapie manuelle est parfois devenue un sujet de controverse entre les différentes professions impliquées dans sa pratique. 

Il est possible qu’au 18ème siècle, médecins & chirurgiens aient abandonné ces pratiques, peut être de part l’inefficacité de leur utilisation sans discernement ou le danger que représente la manipulation de la colonne vertébrale affaiblie par la tuberculose, une maladie atteignant des proportions épidémiques à cette époque. Ainsi, une fois de plus la manipulation tend à redevenir le domaine des guérisseurs de village dans différentes régions d’Europe et d’Asie. 

Au 19ème siècle, une partie importante de la profession médicale s’est employée à discréditer ces pratiques manuelles. Dans le même temps, cependant, ils ont dû reconnaître à quel point ces rebouteux étaient devenus populaires. 

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Il a été suggéré par James Paget, l’un des chirurgiens les plus célèbres de l’époque, que les médecins feraient bien d’observer ces rebouteux et apprendre d’eux ce qui est bon, mais, en même temps, d’éviter ce qui est mauvais. 

Ceci énoncé, Paget attribue le succès de ces rebouteux le plus souvent à la chance qu’à l’habileté et fait souvent référence à eux comme étant des« ennemis ».

Une exception notable de l’époque était un médecin nommé Wharton Hood qui, sous la direction d’un rebouteux, était devenu habile dans la pratique manipulative et a conclu qu’elle était à la fois bénéfique et sans danger. En 1871, il a publié un manuel technique sur la manipulation des articulations périphériques dans la revue The Lancet [2]. 

Les échecs de la médecine allopathique : un terrain fertile pour les pratiques alternatives

Au 19ème siècle, la médecine avait peu changé. Elle utilisait ce qui aide à la guérison, évitait ce qui fait du mal. Cette logique était basée sur l’observation des symptômes. 

En utilisant une telle logique, Benjamin Rush, l’un des médecins américains les plus renommés en 1796, a conclu que la pratique de la saignée d’un patient a été l’approche la plus logique pour le traitement de la fièvre, puisque l’anémie diminuait l’hyperthermie.

En 1800, la médecine était appelée «le bras atrophié de la Science». Les médecins de l’époque ont été découragés d’embrasser l’étude des mathématiques pour quantifier objectivement les données médicales. En effet, bien que la science avait découvert des méthodes de mesure de la température et de la pression sanguine dans les années 1700, la médecine n’a pas utilisé ces techniques avant 1820, un siècle plus tard. Les progrès médicaux suivant les progrès de la science n’ont pas permis d’effacer immédiatement la mauvaise réputation des résultats souvent nuisibles et inefficaces des traitements médicaux.

Comme on pouvait s’y attendre, l’expérience brutale de la guerre de Sécession (1861-1865) conduisit à des progrès techniques chirurgicaux, mais la plus grande découverte pour les médecins, la «théorie des germes» de Louis Pasteur est survenue trop tard (1865) pour les milliers de soldats qui succombèrent aux défauts de stérilisation. 

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Contrairement à leurs homologues européennes, les universités américaines ont fourni un milieu peu propice à une formation médicale efficiente : La condition d’admission était le plus souvent la capacité de l’étudiant à payer les frais de scolarité. Le cours consistait souvent en deux sessions de 4 mois et, même à Harvard, un étudiant pouvait échouer à 40 % de ses cours et être diplômé. 

En 1869, le président de l’université de Harvard, Charles Eliot, a critiqué les écoles de médecine américaines en déclarant dans son discours inaugural que «l’incompétence et l’ignorance générale de la moyenne des diplômés … est quelque chose d’horrible à voir». 

Après l’obtention du diplôme, les médecins les plus instruits qui s’intéressent à l’éducation permanente ont été forcés de se rendre en Europe (notamment en Allemagne) afin d’étudier dans un environnement où l’évolution de la médecine scientifique était vraiment prise en compte. 

L’avancement réel de la médecine nord-américaine est principalement attribuable à ces personnes motivées qui sont retournées chez eux pour commencer la lourde tâche de remplacer les croyances et préjugés théologiques par la discipline de la recherche scientifique. 

Au 19e siècle en Amérique du Nord, la profession de médecin était clairement dans le désarroi et le discrédit. C’est à partir de cette toile de fond que l’on peut clairement voir comment philosophies alternatives au modèle médical classique ont pu se développer.

Andrew Taylor Still

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Né en 1828, Andrew Taylor Still était le fils d’un médecin qui était aussi pasteur méthodiste. Il a été encouragé par son père à faire sa médecine. Cette discipline l’ennuyait ; il la trouvait sans intérêt, et il lui semblait que l’approche médicale (par exemple, la saignée, cataplasmes) pouvait infliger plus de mal sur les patients que l’abstention thérapeutique.

Avec en toile de fond ces expériences médicales, il n’est pas surprenant que lorsque trois de ses enfants sont morts lors d’un épisode morbide attribué à la peste, Still fut totalement désillusionné par la profession médicale. Fait intéressant, même si Edward Jenner avait introduit l’inoculation dans le monde en 1797, il faudra attendre encore 40 ans avant son acceptation générale, même en Grande-Bretagne. 

Il est possible que les enfants de Still aient contracté une méningite. Cet événement tragique a consacré le divorce de Still avec la médecine orthodoxe. Bien qu’il ait maintenu sa licence pour pratiquer la médecine, ce n’était que pour faciliter le développement de sa nouvelle idéologie.

Enfant, Still avait souffert de maux de tête chroniques. Il a noté qu’un jour, s’étant endormi avec son cou coincé entre les racines d’un chêne, ses maux de tête avaient complètement disparu.

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A partir de cette expérience et d’autres, il a commencé à lentement concevoir une théorie selon laquelle la santé ne peut être maintenue et, par conséquent, la maladie vaincue, que par le maintien d’un fonctionnement normal du système musculo-squelettique. 

En dehors des techniques de manipulation, il a également intégré des notions de magnétisme. Cette  thérapie a été pensé pour venir de l’intérieur du corps du thérapeute, un concept essentiellement inventé par le médecin autrichien Franz Anton Mesmer, à qui il a été attribué à tort l’introduction de la thérapie hypnotique, ou mesmérisme.

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Mesmer a bien vu le potentiel de l’utilisation de l’esprit humain pour traiter les patients et s’il y avait quoi que ce soit qui pourrait stimuler un guérisseur religieux comme Andrew Still, c’était bien ça. Sans surprise, beaucoup d’écrits de Still évoquent Dieu et Diable. Bien sûr, cela ne contribuerait guère à encourager l’acceptation de ses pratiques par la communauté médicale.

A partir de 1874, tout en travaillant sur ses nouvelles théories basées sur l’anatomie et la biomécanique, il se dénommait comme étant «un rebouteux éclairé».

Il a ouvertement critiqué la profession médicale et ses méthodes. Ceci, couplé avec la croyance populaire que la manipulation pouvait guérir la maladie, a fait en sorte qu’il s’est vu refuser l’accès aux écoles de médecine établies pour enseigner sa philosophie et des techniques. 

Cependant, son approche non-médicamenteuse et non-chirurgicale de la maladie a rapidement gagné l’acceptation de la population générale. Il a vite constaté qu’il n’était pas en mesure de traiter le nombre croissant de patients et a décidé qu’il aurait à former d’autres personnes pour l’aider dans son travail. En 1892, il a créé l’American College of Osteopathy à Kirksville, Missouri. 

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Il a basé ses théories sur la maladie par le dysfonctionnement provoqué par l’écoulement perturbé des fluides susceptible d’entraîner une maladie ou une malformation, ce qui allait devenir en ostéopathie la Loi de l’Artère. 

Au moment de sa mort en 1917, 3000 médecins ostéopathes étaient formés. Aujourd’hui, 20 collèges de médecine ostéopathique américains représentent un effectif de près de 10000 étudiants.

Une grande partie des connaissances scientifiques médicales ont également été enseignées dans les collèges ostéopathiques. Cette croissance parallèle a permis aux médecins ostéopathes des droits juridiques et professionnels équivalents a ceux des médecins médicaux, du moins aux États-Unis. 

Cependant, il était, et est encore peut-être, un gouffre philosophique entre les deux professions. En 1908, Still décrivait comment la manipulation pourrait guérir la maladie. Dans un chapitre, il décrit comment la manipulation du rachis cervical pourrait guérir, entre autres choses, la scarlatine, la diphtérie, le croup, et la coqueluche. Le nombre d’ostéopathes continuant à adhérer peu ou prou à ces concepts ne sont pas connus, mais l’enseignement des thérapies crânio-sacrée et viscérale suggèrent que nombre d’entre eux sont encore des croyants. 

Fait intéressant, ce sera un ostéopathe qui relancera la thérapie manuelle dans le système de santé britannique.

Daniel David Palmer

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Contrairement à Still, Daniel David Palmer, né au Canada en 1845, est un autodidacte médical. Il avait des parents qui ont été forcés d’immigrer aux Etats-Unis en quête de travail. Palmer et son jeune frère sont restés au Canada comme ouvriers d’usine jusqu’en 1865 lorsqu’ils ont rejoint leur famille. 

Palmer était bien éduqué et avide lecteur de toutes choses scientifiques, en particulier en ce qui concerne les arts de la guérison. Après avoir travaillé pendant 20 ans comme horticulteur, instituteur et agriculteur, il a consacré tout son énergie à devenir un «guérisseur naturel».

Ses influences dans ce domaine sont fragmentaires, mais il semble raisonnable de supposer que Mesmer fut l’un d’entre eux lorsque Palmer a commencé un parcours remarquable de magnétiseur.   

La subluxation vertébrale

Un médecin, Johannes Hieronymi, dans sa thèse publiée en 1746, semble avoir été la première personne à utiliser le terme « subluxation » en ce qui concerne les dysfonctions vertébrales. 

En 1820-1821, les publications de William Daniel Griffen et Edward Harrison n’ont pas seulement utilisé le mot «subluxation», mais ont également décrit l’utilisation des apophyses épineuses et transverses comme des leviers pour ajuster ces subluxations. Cela semble contredire l’affirmation de Palmer à être le premier praticien effectuant une telle technique. En outre, Palmer a déclaré dans son livre, Chiropractic Adjustor, qu’il a appris à partir de l’œuvre d’un médecin du nom de Jim Atkinson, dont le travail 50 ans plus tôt proposait des principes similaires à la nouvelle chiropractique. Il est également raisonnable de supposer que Palmer, avide d’accroître ses connaissances, a pu communiquer avec Andrew Taylor Still, habitant à une journée de voyage de lui à Kirksville, Missouri.

Dix ans après le début de sa pratique de guérisseur, en 1895, dans le bâtiment où Palmer exerçait, un concierge nommé Harvey Lillard a mentionné à Palmer que tout en soulevant un objet lourd 17 ans auparavant, il avait forcé son dos et entendu un «pop» caractéristique. Il était depuis devenu sourd. Palmer avait remarqué une apophyse épineuse qui semblait être « non-alignée ». L’appui sur la vertèbre, aurait immédiatement amélioré l’audition de Lillard. 

Palmer a commencé à raisonner que lorsqu’une vertèbre était hors alignement, il fallait exercer une pression sur les nerfs. Il a en outre estimé que la diminution de l’influx nerveux affectait sûrement la fonction viscérale conduisant à la maladie (la Loi du Nerf).

Comme cela s’est produit plus tôt avec Still, les concepts de Palmer ont suscité colère et mépris de la communauté médicale. Imperturbable, il a continué à développer son approche novatrice à la fois dans la théorie et la pratique. 

Un de ses patients, ministre, est crédité d’avoir donné un nom à sa philosophie. Il est dérivé du grec «cheiros» (main) et« praktos »(réalisé par). 

En 1897, à Davenport, dans l’Iowa, Palmer a ouvert son premier collège, le Collège Palmer, de Cure, maintenant connu sous le nom du Collège Palmer de chiropratique. 

En 1902, 15 personnes avaient été diplômées. 

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En 1907, le fils de Palmer, Bartlett Joshua Palmer était diplômé. Un an plus tard, l’un des diplômés de Palmer a été accusé de pratiquer la médecine et l’ostéopathie sans permis dans le Wisconsin. Dans une décision historique, le jury a conclu que Shegataro Morikubo, DC, était innocent sur la base qu’il n’a pas pratiqué la médecine, la chirurgie, ou l’ostéopathie : il pratiquait l’art de guérir distinct appelé chiropratique.

BJ Palmer a, en 1910, introduit l’utilisation de rayons X en chiropratique et en 1924, le neurocalometer, un dispositif qui est sensé déterminer les sub-luxations vertébrales.

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Durant les années 1920, BJ Palmer a intelligemment utilisé les médias de l’époque, c’est à dire, de la radio, pour faire avancer la cause chiropratique. 

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Aujourd’hui, il existe 35 écoles et collèges à travers le monde et, dans le monde occidental au moins, la chiropractique vient immédiatement après la profession médicale en tant que fournisseur de soins de santé primaires.

En 1958, le National News, une publication de l’Association nationale de chiropratique, a mis en garde ses membres du nombre croissant de physiothérapeutes formés aux procédures de manipulation, pouvant être une menace réelle pour le développement voire même l’existence future de la profession chiropratique. Une telle rhétorique ne semblent pas permettre de renforcer la coopération interprofessionnelle. 

Ce qu’il faut donc remarquer, c’est que même en 1958, les pratiques manipulatives en physiothérapie sont assez fréquentes et les praticiens suffisamment formés pour constituer une menace. Cela renforce l’affirmation que les physiothérapeutes enseignaient et pratiquaient la manipulation vertébrale dès la première partie du 20ème siècle.

L’approbation médicale

Deux élèves de Still, William Smith et J. Martin Littlejohn, étaient des médecins écossais. Smith a enseigné l’anatomie aux étudiants de Still, ce qui a grandement amélioré la validité scientifique de cette profession émergente.

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Littlejohn allait devenir le premier doyen du Collège d’Ostéopathie de Kirksville. Il serait ensuite passé au Collège d’Ostéopathie de Chicago avant de revenir en Grande-Bretagne et devenir le fondateur de la British College of Osteopathy à Londres en 1917.

Malgré de nombreuses tentatives, Littlejohn n’a jamais pu obtenir de la législature anglaise pour l’ostéopathie la même parité avec la médecine, comme ses confrères américains. 

Il a alors choisi de commencer à éduquer ses collègues médecins et des kinésithérapeutes dans l’art et la science de la manipulation vertébrale à partir de 1920. 

Bien que ce mouvement a rencontré une forte opposition de la part de ces deux professions, il a été vivement approuvé par le médecin James Beaver Mennell (1880-1957) et un physiothérapeute nommé Edgar Ferdinand Cyriax (1874-1955).

James Beaver Mennell et Edgar Ferdinand Cyriax

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Entre 1912 et 1935, Mennell enseigna la massothérapie à l’école de formation de l’hôpital Saint-Thomas. Sans doute influencé par ses prédécesseurs médicaux Paget, Hood et Jones, Mennell s’est passionné par l’utilisation des moyens physiques, y compris la thérapie manuelle, dans le traitement des dysfonctions musculo-squelettiques. En 1917, année de création par Littlejohn de la British School of Osteopathy, Mennell a publié son livre, Physical Treatment by Movement, Manipulation and Massage. Il semble plus que probable que les thérapeutes sous sa tutelle aient été instruit de ses méthodes, même avant la publication du texte.

Un physiothérapeute nommé Edgar Cyriax le secondait dans ses cours au St Thomas Hospital. Cyriax était d’origine suédoise et avait étudié auprès de son (futur) beau-père

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Henrik Kellgren (1837-1916), une figure majeure de l’Institut suédois de gymnastique correctrice et de massage. Cyriax était lui-même chargé de cours à l’Institut central de gymnastique suédoise à Londres. Plus tard, il obtint son diplôme de médecine de l’Université d’Edimbourg. 

Il est évident à partir de sa bibliographie que Cyriax ait également étudié et pratiqué la manipulation vertébrale. En 1903, il publie son propre texte sur la thérapie manuelle, basée principalement sur les concepts de son beau-père. Avec un tel contexte familial, il est facile d’imaginer qu’un jeune homme comme James Cyriax, ayant entrepris des études pour devenir médecin, soit fortement influencé par des concepts similaires.

Dans ce qui fut son dernier texte publié, Mennell a clairement expliqué en détail comment les symptômes d’origine vertébrale thoracique peuvent imiter de véritables symptômes viscéraux. Il a ainsi mis en garde contre l’acceptation de soulagement de la douleur par la manipulation vertébrale comme étant assimilée au traitement d’une maladie organique. 

Il a clairement préconisé l’utilisation de la manipulation vertébrale uniquement à la suite d’un examen approfondi (y compris les diagnostics médicaux et les tests de laboratoire si nécessaire) qui permettent de faire la différence entre troubles viscéraux et symptômes rachidiens. 

Cet accent mis sur le diagnostic différentiel était une influence significative sur son propre fils (John McMillan Mennell) et James Cyriax. Employer des techniques de diagnostic différentiel pour permettre l’utilisation de la manipulation vertébrale allait devenir un dénominateur commun dans la pratique clinique et l’enseignement de la philosophie du jeune Mennell et du jeune Cyriax.

John McMillan Mennell

Comme son père avant lui, John Mennell tenta de former les médecins autant que possible dans l’art et la science de l’orthopédie basée sur la manipulation vertébrale. Son zèle professionnel, cependant, ne se limita pas aux médecins, aidant médecins ostéopathes et chiropraticiens dans la reconnaissance de leur profession.

Son enseignement n’a jamais été réservé à une seule profession, mais à tous ceux qui avaient suffisamment de formation pour apprendre efficacement et en toute sécurité la technique de manipulation. Sa précieuse contribution à ce champ est disponible dans son ouvrage «The Musculoskeletal System: Differential Diagnosis from Symptoms and Physical Signs» [3] 

James Henry Cyriax

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James Cyriax est devenu médecin en 1929 et spécialiste (membre du Collège royal des médecins, CPRM) en 1954. Sans doute influencé par ses parents, Cyriax croit qu’en raison de leur formation et de leurs liens étroits éducatifs et cliniques avec la médecine, les physiothérapeutes étaient les professionnels les plus aptes à apprendre les techniques de manipulation. Il a ouvertement critiqué les pratiquants en dehors du «parapluie médical», les qualifiant de «manipulateurs profanes».

Cyriax a clairement consacré sa vie professionnelle à l’amélioration non seulement de ses propres compétences, mais aussi indifféremment des physiothérapeutes et des médecins. Son plus beau cadeau pour les deux professions se trouve dans son livre classique des manuels de médecine orthopédique, initialement publié en 1954 [4]

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Dans ce livre, il a exposé les bases d’une méthode de logique, cliniquement motivée, le diagnostic différentiel, qu’il a appelé «testing sélectif de la mise en tension des tissus» et qu’il considère comme son plus grand apport à la discipline. Cette philosophie clinique a irrévocablement changer la façon dont les thérapeutes manuels orthopédiques physiques ont pensé, enseigné et pratiqué. 

Le développement de la physiothérapie

Comme indiqué dans l’introduction, l’utilisation de techniques manuelles dans la guérison remonte à des millénaires. Le massage était probablement l’intervention la plus précoce et la plus largement utilisée des thérapies manuelles.

Dès 1584 à l’Université de Cambridge en Angleterre, le Dr Timothy Bright a donné des conférences sur l’utilisation de l’hydrothérapie, de l’exercice et du massage. 

Toutefois, il faudra attendre plus de 200 ans avant que ces traitements ait leur promoteur en la personne de Per Henrik Ling (1776-1837). 

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Ling était un physiologiste suédois, instructeur de gymnastique et expert en escrime. La physiologie est alors une science en pleine expansion et Ling a pu montrer comment l’exercice, passif et actif, pourrait avoir un effet thérapeutique bénéfique. On lui doit le développement de la gymnastique suédoise, mais non du massage dit suédois, puisqu’il ne l’a jamais pratiqué.

L’inventeur serait plutôt un médecin hollandais également professeur de gymnastique, Johan Mezger (1838-1909), qui a adopté les termes français d’effleurage, pétrissage, tapotement, frottement et que nous associons avec le massage classique aujourd’hui.

Au milieu du 19e siècle (1854-1856), la guerre de Crimée a éclaté. Quand Le Times a rapporté que le typhus, le choléra, la dysenterie et tuaient plus de soldats que l’ennemi russe (les blessures de guerre ne représentaient qu’un décès sur six), le gouvernement a répondu par l’envoi d’un évaluateur professionnel, bien formé en mathématiques et en statistiques, en Turquie. Il s’agissait de Florence Nightingale (1820-1910) ; elle était accompagnée de 38 infirmières. Avant sa mort, elle sera la première femme à fonder une école de formation pour les infirmières et la première femme à être élue membre de la Société statistique de Grande-Bretagne. 

Personne ne semble l’avoir reconnu comme la vraie mère de physiothérapie, mais la descendance professionnelle de son équipe de soins infirmiers a développé des méthodes rudimentaires de réadaptation physique.

22À l’appui de cette hypothèse, lors de la seconde moitié du 19ème siècle, massage et rééducation sont de plus en plus populaires chez les infirmières anglaises, en particulier celles impliquées dans la réadaptation musculo-squelettique destinée à remettre les soldats blessés britanniques au combat.

Quatre infirmières se sont battues pour maintenir la réputation de cette profession naissante. En  1894, Lucy Robinson, Rosalind Paget, Elizabeth Manley, et Margaret Palmer ont fondé la Society of Trained Masseuses (!), devenue plus tard the Chartered Society of Massage and Medical Gymnastics (1920) et finalement the Chartered Society of Physiotherapy (1944). 

Il est évident que les physiothérapeutes ont appris et ont pratiqué la manipulation vertébrale depuis au moins le début du 20e siècle. En 1920, Littlejohn a donné des conférences à la Chartered Society of Massage and Medical Gymnastics à Londres. En 1926, un certain nombre de membres de cette société a complété sa formation intensive par deux ans d’études pour devenir spécialistes en thérapie manuelle. 

Bien que certains médecins, notamment Edgar Cyriax et James Mennell, se soient félicité de l’existence de ces thérapeutes, il y avait encore des objections évidentes à l’acceptation de la technique ostéopathique. 

La thérapie manuelle orthopédique a émergé et a grandi aux côtés de l’ostéopathie, la chiropratique et l’évolution scientifique de la profession médicale. Cependant, au cours du siècle, ces disciplines ont pris des voies très différentes. Dans son pays d’origine, l’ostéopathie a fusionné avec la profession médicale. La chiropractique reste autonome et concurrente à la médecine. La physiothérapie conserve les liens originaux avec les médecins médicaux.
Dans les années 1950, les physiothérapeutes du monde entier ont commencé à faire des recherches, se sont développés, organisés. 

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Freddy Kaltenborn (Norvège) et Stanley Paris (Nouvelle-Zélande) faisaient déjà des conférences sur la thérapie manuelle. 

24En 1954, un jeune physiothérapeute nommé Robin McKenzie guérit «accidentellement» un de ses patients chroniques, le célèbre M. Smith.

En quelques années, la méthode de McKenzie a été enseignée à travers le monde et beaucoup de thérapeutes manuels reconnaissent sa grande contribution au traitement sécuritaire et efficace de la lombalgie. 

Il a démontré que les techniques manuelles ne sont souvent pas la seule, ni même la plus appropriée des approches pour corriger un dysfonctionnement lombaire. Il a défini les déviations rachidiennes avec signes radiculaires comme l’une des principales contre-indications à la manipulation de la colonne vertébrale lombaire.

26En 1961, Geoffrey Maitland (1924-2010), australien, a reçu une bourse qui lui a permis de voyager à l’étranger, au cours de laquelle il a étudié avec et appris les techniques de la part des médecins de médecine physique, ostéopathie, la chiropratique, et de rebouteux. Mennell, Cyriax, et Stoddard l’ont particulièrement influencé. 

En 1965, Maitland fut invité en Angleterre pour enseigner ses techniques de manipulation. Il en a profité pour présenter ses idées sur la façon légers mouvements oscillatoires peuvent être utilisés avant la manipulation afin de mieux atteindre la barrière du mouvement. 

Il a également indiqué que ces techniques étaient, dans bien des cas, supérieur aux techniques de thrust. 

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L’utilisation de ces mobilisations douces est devenue une partie intégrante de la formation en thérapie manuelle orthopédique en Grande-Bretagne et dans le monde. Avec l’aide de Jenny Hickling, qui était l’un des principales assistantes de James Cyriax, il a développé l’utilisation des diagrammes de circulation pour quantifier le concept de barrières de mouvement.

L’anglais Gregory Grieve était à cette époque associé à G. Maitland. Il avait travaillé avec James Cyriax et reçu de lui une formation approfondie de manipulation. 

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Grieve sera toujours le héros méconnu de la thérapie manuelle. Beaucoup plus intéressés à travailler dans les coulisses pour faire avancer les choses que d’avoir son nom attribué à ces choses qui ont été faites, Grieve avait un esprit méticuleux scientifique. Professionnellement enrichi par son association avec Maitland, il a continué à enseigner la mobilisation et la manipulation et dans le même temps, a mis en place l’Association des physiothérapeutes agréés en thérapie manuelle. En 1973, il a été invité à parler publiquement, avec Alan Stoddard et James Cyriax, de l’utilisation de la manipulation vertébrale, le fait qu’un kinésithérapeute puisse parler lors d’une conférence médicale était un évènement fort rare à cet époque.

30En même temps que se développait Maitland son système de mobilisations oscillatoires, Kaltenborn avançait un style différent de techniques d’évaluation et de mobilisation. Basé sur la biomécanique émergentes de MacConaill, Kaltenborn a envisagé que les gains articulaires puissent se faire en mettant l’accent sur le mouvement au niveau des surfaces articulaires, c’est-à la distraction, la  compression, les glissements et rotation combinés. 

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Avec son ami proche et collègue Olaf Evjenth, le système de Kaltenborn / Evjenth favorisera l’utilisation de cinèses arthrokinématiques et ostéokinématiques à la fois dans l’évaluation et le traitement des dysfonctions du mouvement articulaire. Cette approche nettement mécaniste serait en concurrence depuis plusieurs années avec l’utilisation de Maitland de la tension des tissus et de la réaction.

Il y a une «rivalité amicale» entre ces deux philosophies, mais les deux systèmes trouverait leur justification dans le travail de Wyke [5] sur les récepteurs articulaires. 

Depuis les années 1970, un grand nombre de kinésithérapeutes issus de milieux cliniques, d’enseignement et de recherche ont travaillé avec diligence à établir des programmes cliniquement pertinents et basés sur les preuves. Même si nous nous dirigeons vers une ère plus scientifique et de recherche dont dépend notre évolution, nous ne devons pas oublier les praticiens du passé, de toutes les professions et les doctrines, qui ont tant donné à travers les siècles de l’histoire de la thérapie manuelle. 


Références bibliographiques 

[1] Erland Pettman. A History of Manipulative Therapy. J Man Manip Ther. 2007; 15(3): 165–174.

[2] Hood WH. On the so-called bone setting, its nature and results. Lancet. 1871;6:304–310. 7:334–339, 372–374, 441–443.

[3] Mennell JM. The Musculoskeletal System: Differential Diagnosis from Symptoms and Physical Signs. Sudbury, MA: Jones and Bartlett; 1991.

[4] Cyriax JH. Textbook of Orthopaedic Medicine: Diagnosis of Soft Tissue Lesions. 8th ed. London, UK: Bailiere-Tindall; 1982.

[5] Wyke B. Articular neurology and manipulative therapy. In: Glasgow EF, et al., editors. Aspects of Manipulative Therapy. 2nd ed. New York, NY: Churchill Livingstone; 1985.

3 commentaires

    • Je n’ai pas la main sur ça (ou je n’ai pas trouvé comment faire). Vous avez essayé de vous désabonner et vous ré-abonner avec la nouvelle adresse mail ?

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  1. Merci, encore une fois. Juste une coquille : « McKenzie guérissa « , passé simple de guérir : guérit
    N’hésitez pas à effacer ce commentaire ensuite.
    Très cordialement

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