Test de cisaillement cervical supérieur (Sharp-Purser Test) 


Sans titreLe Sharp-Purser test est utilisé pour évaluer l’instabilité atlanto-axiale chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. 

Il est couramment utilisé par les cliniciens, mais de nombreux experts affirment qu’il manque de fiabilité et de validité, et qu’il suscite des inquiétudes quant à sa sécurité. 

Selon le résumé de cette revue systématique [Mansfield 2020], 32 études ont rempli les critères d’inclusion pour l’analyse. La méta-analyse n’a pas été possible en raison de l’hétérogénéité des études. 

  • La sensibilité du test est jugée dans 6 études dans une fourchette entre 0.19 à 1.00. 
  • La spécificité est mesurée dans 4 études dans une fourchette entre 0.71 & 0.98. 
  • Les différents ratios de vraisemblance positifs retrouvés dans quatre études s’échelonnaient entre 0.655, 1.73, 22 et 17.25. 
  • Les différents ratios de vraisemblance négatifs se situaient eux entre 1.14, 0.799, 0.571 et 0.323. 

Pour rappel….

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Sept études contrôlées randomisées ont utilisé le test pour le dépistage de l’instabilité cervicale supérieure. Il est évoqué dans 18 études de cas. Les auteurs concluent que le Sharp Purser test n’est pas approprié en raison de validités contradictoires selon les études, d’une fiabilité médiocre et d’un risque de préjudice.

Précédemment sur KINotes

Le test

Objectif 

Évaluer l’intégrité du ligament transverse après traumatisme ou en présence d’une polyarthrite rhumatoïde (PR) chez un patient adressé pour cervicalgie. 

Procédure 

Patient assis, kinésithérapeute debout latéral à lui.

En présence de paresthésies dans les membres, une main est placée sur le crâne, l’autre en appui du pouce et de l’index de part et d’autre du processus épineux de C2. Les deux mains réalisent des poussées convergentes, parallèles, destinées à induire un cisaillement cervical supérieur. La translation postérieure du crâne induit un recul relatif de C1, la poussée sur C2 une translation antérieure. 

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Valeurs

Le test est positif lorsque les symptômes ressentis sont diminués (le test accroît le diamètre sagittal du canal rachidien, en déplaçant dorsalement C1 par rapport à C2 lorsqu’il existe une lésion du ligament transverse). 

Fiabilité inter-examinateurs  

Elle n’est pas établie formellement par une étude ancienne [Cattrysse 1997]. 

BoussoleValidité 

Le test est comparé à des radiographies dynamiques en flexion et extension chez des patients souffrant de PR. La sensibilité augmente avec la laxité retrouvée. Tous les cas présentant des atteintes neurologiques avec des laxités au delà de 5 mm ont été détectées par ce test [Hutting 2013].

Une revue systématique [Mansfield 2019] considère que le test ne doit pas être utilisé, compte-tenu de la validité inconsistante, puisqu’elle est nulle dans certaines études et quasi-parfaite dans d’autres. Elle considère aussi la faible fiabilité inter-examinateurs. Elle estime qu’il existe d’autre part un risque potentiel de traumatismes.

Références bibliographiques Comparé à Se Sp RV+ RV-
Hutting 2013 (Matthews 1969) Radiographies dynamiques 0,19 0,71 0,66 1,14
Hutting 2013 (Stevens 1971) Radiographies dynamiques 0,44 0,98 22,00 0,57
Hutting 2013 (Uitvlugt 1988) Radiographies dynamiques 0,88 0,96 22,00 0,13
Kaale 2008 IRM 0,65 0,99 65,00 0,35

Variante 

Un autre test est proposé, en décubitus. La tête est décollée de la table et soutenue dans cette position 10 secondes. Le crâne en translation antérieure crée un cisaillement C1-C2. 

C’est un test de provocation, à la recherche d’inconforts, nausées, signes neurologiques chez le patient. Il induit des forces inverses au Sharp-Purser-Test et doit donc être utilisé avec prudence, puisque des atteintes motrices majeures devraient être observées dans ce test qui contraint la corne antérieure de moelle.

Commentaires

Le test classique diminue les symptômes quand il est positif ; il n’est donc pas agressif. Indirectement, parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un test négatif, cela peut conduire à l’emploi de techniques de manipulation vertébrale ou de dry needling, potentiellement dangereuses dans cette région ?

J’ai eu l’occasion de présenter ce test en amphi et je me suis fait -gentiment- retoquer par l’un des chirurgiens présents, au motif que si ce test mettait en évidence une compression médullaire antérieure, elle aurait d’abord des conséquences motrices (compression de la corne antérieure de moelle) et non sensitives.

L’argument ne me semble pas idiot, même si le même argumentaire peut être employé pour la hernie discale cervicale 🙂


Références bibliographiques 

Cattrysse E et al. Upper cervical instability: are clinical tests reliable? Man Ther. 1997 May;2(2):91-97.

usaCody J Mansfield, Charlie Domnisch, Laura Iglar, Laura Boucher, James Onate, Matthew Briggs. Systematic Review of the Diagnostic Accuracy, Reliability, and Safety of the Sharp-Purser Test. J Man Manip Ther. 2020 May;28(2):72-81. doi: 10.1080/10669817.2019.1667045.

Hutting N et al.  Diagnostic accuracy of upper cervical spine instability tests: a systematic review. Phys Ther. 2013 Dec;93(12):1686-95

Cody J. Mansfield, Charlie Domnisch, Laura Iglar, Laura Boucher,
James Onate & Matthew Briggs (2019): Systematic review of the diagnostic accuracy, reliability, and safety of the sharp-purser test, Journal of Manual & Manipulative Therapy, DOI: 10.1080/10669817.2019.1667045 

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