Mckenzie pas plus efficace que la kinésithérapie traditionnelle dans la lombalgie chronique


1

Avant tout, je tiens à préciser que je ne suis que le porteur de bonnes ou mauvaises nouvelles. Il n’est pas utile que les disciples de Robin McKenzie passent un contrat sur ma tête avec les adeptes du dry needling en télé-intervention : à distance, même pas ça me pique les points-gâchettes.

On va positiver : à force de nous débarrasser de nos tabous & totems & puisque toutes les méthodes se valent, il faut chercher ailleurs la capacité de résolution des problèmes du patient. Dans son cerveau par exemple.

Cette revue systématique avec méta-analyse [Sanchis-Sánchez 2020] s’est donnée pour but de déterminer l’efficacité du diagnostic et de la prise en charge en MDT McKenzie des patients souffrant de lombalgies chroniques par rapport à d’autres interventions de physiothérapie traditionnelle.

Méthodes :

Des études contrôlées randomisées étudiant l’effet de la MDT par rapport à d’autres interventions de physiothérapie traditionnelle chez des personnes souffrant de lombalgies chroniques ont été considérés comme admissibles.

Pour les besoins de cette étude, la MDT a été comparée à des interventions de physiothérapie active et passive. Des examinateurs indépendants ont évalué l’éligibilité des études, extrait les données et évalué le risque de biais. Les principaux résultats étudiés étaient la douleur et l’invalidité.

Résultats :

Quatorze études ont été incluses dans l’examen. Parmi celles-ci, 11 ont fourni des données à inclure dans les méta-analyses (les trois autres soit ne permettaient pas d’isoler le traitement MDT, soit comparait un traitement avec du MDT d’un autre traitement avec aussi du MDT, soit il n’y avait pas de distinction entre les traitements actifs et passifs)

Les résultats montrent que la MDT n’est pas plus efficace pour réduire la douleur (différence moyenne standardisée [SMD] = 0,01, intervalle de confiance [IC] à 95% : -0,44, 0,46) et l’invalidité (SMD=0,08, IC à 95% : -0,53, 0,68) que d’autres traitements actifs.

Des résultats similaires ont été obtenus en comparant la MDT à d’autres traitements passifs pour la douleur (PMD=-0,39, IC à 95 % : -0,90, 0,11) et l’invalidité (PMD=-0,13, IC à 95 % : -0,29, 0,03).

Conclusion :

Il existe des preuves de qualité faible à moyenne que la MDT ne soit pas supérieure aux autres interventions de physiothérapie traditionnelle pour améliorer la douleur et le handicap chez les personnes souffrant de lombalgie chronique.

Pour la lombalgie aiguë comme pour la lombalgie chronique

Cette méthode est désormais très populaire auprès des kinésithérapeutes, notamment pour le traitement des douleurs lombaires.

La première, elle a dédiabolisé la lordose lombaire, encore considérée comme une pathologie pour beaucoup de médecins, s’est servie de la douleur comme d’un indicateur fiable des souffrances des patients, a considéré le patient comme un partenaire responsable et non un enfant pris en faute.

Une étude canadienne a fait une revue de la littérature en cumulant les résultats des différentes études parues sur le sujet (une méta-analyse) pour se prononcer sur son efficacité, comparativement à d’autres prises en charge.

La méthode McKenzie, désormais dénommée par l’acronyme MDT (diagnostic et thérapie mécanique), est basée sur la classification des patients en sous-groupes homogènes afin de leur administrer un traitement particulier.

Cette étude [Lam 2018] s’est limitée à examiner son efficacité sur la douleur et les incapacités des patients souffrant de lombalgie aiguë (moins de 12 semaines) ou chronique (plus de 12 semaines).

Méthodes

Des chercheurs indépendants ont sélectionné des études publiées, extrait leurs données et évalué la qualité de ces études.

Les différences moyennes standardisées avec leurs intervalles de confiances ont été calculées pour comparer les effets de la méthode MDT à d’autres interventions chez les patients atteints de lombalgie aiguë ou chronique.

Résultats

Sur les 17 études répondant aux critères d’inclusion, 12 ont fourni des données valides pour l’analyse.

Dans la lombalgie aiguë, il n’y avait pas de différence significative pour la résolution de la douleur et l’incapacité entre la méthode MDT et d’autres interventions.

Dans la lombalgie chronique, il y avait une différence significative pour ce qui est de l’incapacité en faveur de la méthode par rapport au fait de faire uniquement des exercices.
Il n’y avait aucune différence significative entre cette méthode et la thérapie manuelle couplée à l’exercice pour diminuer la douleur comme l’invalidité.

Conclusions

Il existe des preuves modérées à élevées que la méthode MDT ne soit pas d’une efficacité supérieure à d’autres interventions rééducatives pour réduire la douleur et l’incapacité chez les patients atteints de lombalgie aiguë.

Chez les patients atteints de lombalgie chronique, il existe des preuves modérées à élevées que cette méthode soit supérieure à d’autres interventions de rééducation pour réduire la douleur et l’incapacité ; Cependant, cela dépend à quelle intervention thérapeutique est comparée la méthode MDT.

Remarque

Note établie uniquement à partir du résumé. Tout commentaire de la part de lecteur de l’article est bienvenu.

Un peu moins de séances en « faisant du McKenzie »

Une étude de cohorte israélienne longitudinale prospective [Deutscher 2014] a évalué, à partir de la base de données d’une assurance-maladie, les associations entre le niveau de formation McKenzie, les déficits en fin de prise en charge et le nombre de séances réalisées auprès de patients lombalgiques.

Au final 20882 patients ( 51 ± 16 ans ; 57% de femmes) ont eu leurs déficits analysés au début et à la fin de la prise en charge.
Les patients traités par les kinésithérapeutes formés à la méthode McKenzie, quel que soit leur niveau de formation (A, B, C ou D), avaient bénéficié de meilleures évolutions et de moins de séances que les patients traités par d’autres méthodes.

65% des patients traités de façon «standard» avaient atteint au moins le niveau minimal d’amélioration considéré comme cliniquement important comparativement à 70% des patients formés à la méthode MDT.

Le nombre de séances étaient réduit de 0.6 à 0.9, avec le nombre le plus faible de séances réalisées lorsque le traitement était administré par un kinésithérapeute ayant atteint le niveau D de formation McKenzie.

L’ensemble de ces données suggère une amélioration du rapport coût-efficacité grâce à une prise en charge selon le concept McKenzie.


Références bibliographiques

Deutscher D, Werneke MW, Gottlieb D, Fritz JM, Resnik L. Physical Therapists’ Level of McKenzie Education, Functional Outcomes, and Utilization in Patients With Low Back Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2014 Oct 29:1-40. Article sous presse.Lam OT, Strenger DM, Chan-Fee M, Pham PT, Preuss RA, Robbins SM. Effectiveness of the McKenzie Method (Mechanical Diagnosis and Therapy) for Treating Low Back Pain: Literature Review With Meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther. 2018 Mar 30:1-53. doi: 10.2519/jospt.2018.7562. Article en pré-publication.

Accès au résumé de l’article

Articles en rapport avec le sujet

espagneEnrique Sanchis-Sánchez, Enrique Lluch-Girbés, Pepe Guillart-Castells, Sylvia Georgieva, Pablo García-Molina, Jose-María Blasco. Effectiveness of mechanical diagnosis and therapy in patients with non-specific chronic low back pain: a literature review with meta-analysis. Braz J Phys Ther. 2020 Aug 4;S1413-3555(19)30176-5. doi: 10.1016/j.bjpt.2020.07.007.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s