Le rouleau lombaire, avec ou sans thrust, pas plus efficace qu’un traitement factice dans la lombalgie chronique du sujet jeune


Dans la série « on peut démontrer tout et son contraire », encore un article paraissant ce mois qui vient ébranler nos certitudes. J’ai bien fait d’arrêter les formations, moi. Comme ça, le lundi, je peux dire que la manip « ça marche » et le mardi que c’est bon à jeter aux chiens. Les ostéopathes trouverons que je pousse le bouchon un peu loin à faire connaître des études de m…, ceux qui sont encore proches du dogme diront que c’est normal, puisqu’une lombalgie ça ne se traite pas en manipulant L5, les hands-off seront rassurés dans leurs choix, et y’en a bien quelques uns qui jugeront que cette note est une « putaclic ». Non, non. Juste un thermomètre judicieusement placé qu’il serait à mon avis dommage de casser même s’il fait mal. Peut être que la vérité est ailleurs, après tout ?

Population-cible 

Jeunes adultes souffrant d’une lombalgie chronique.

Conception, cadre et participants : 

Étude contrôlée randomisée en simple aveugle (à l’insu de l’investigateur), contrôlé par placebo, avec 3 groupes de traitement. 

Sur les 4903 patients adultes évalués pour l’éligibilité, 4741 ne répondaient pas aux critères d’inclusion (trop vieux, pas assez douloureux, traités déjà autrement, …), et 162 patients atteints de lombalgie chronique se sont qualifiés pour la randomisation dans l’un des trois groupes de traitement. 

Le recrutement a commencé le 1er juin 2013 et la date d’achèvement principale était le 31 août 2017. Les données ont été analysées du 1er septembre 2017 au 20 janvier 2020.

Interventions : 

Les participants ont reçu 6 séances de traitement comprenant :

  • Une manipulation de la colonne vertébrale en rouleau lombaire (deux tentatives de production d’un bruit articulaire en couchant le patient sur le côté non douloureux, suivies de deux tentatives de le faire craquer de l’autre côté en l’absence de bruit articulaire produit) ou 
  • Une mobilisation passive en contracté-relâché dans les mêmes positions. 
  • Une thérapie simulée par laser (placebo) pendant une période de 3 semaines (le praticien ne savait pas non plus si le laser était détoné ou pas).

Indicateurs principaux : 

Échelle numérique de la douleur au cours des 7 derniers jours et questionnaire Roland-Morris, 48 à 72 heures après la fin des 6 traitements.

Résultats : 

Un total de 162 participants (25.0 ± 6.2 ans de moyenne d’âge dont 57 % de femmes) souffrant de lombalgie chronique (douleur à  4.3 ± 2.6 sur une échelle de 1 à 10) ont été randomisés. 

Cinquante-quatre participants ont été répartis au hasard dans le groupe de manipulation vertébrale, 54 dans le groupe de mobilisation vertébrale et 54 dans le groupe placebo. 

Il n’y a pas eu de différences significatives entre les groupes en fonction du sexe, de l’âge, de l’indice de masse corporelle, de la durée des symptômes de la lombalgie, de la dépression, de l’évitement de la peur, de la douleur actuelle, de la douleur moyenne au cours des 7 derniers jours et de l’incapacité déclarée. 

Au point final principal, il n’y avait pas de différence significative dans l’évolution des scores de douleur entre la manipulation vertébrale et la mobilisation vertébrale (0,24 [IC 95%, -0,38 à 0,86] ; P = 0,45), la manipulation vertébrale et le placebo (-0,03 [IC 95%, -0,65 à 0,59] ; P = 0,92), ou la mobilisation vertébrale et le placebo (-0,26 [IC 95%, -0,38 à 0,85] ; P = 0,39). 

Il n’y a pas eu de différence significative dans l’évolution des scores d’invalidité auto-déclarés entre la manipulation vertébrale et la mobilisation vertébrale (-1,00 [IC 95%, -2,27 à 0,36] ; P = 0,14), la manipulation vertébrale et le placebo (-0,07 [IC 95%, -1,43 à 1,29] ; P = 0,92) ou la mobilisation vertébrale et le placebo (0,93 [IC 95%, -0,41 à 2,29] ; P = 0,17).

Conclusions et pertinence : 

Dans cet essai clinique randomisé, ni la manipulation ni la mobilisation de la colonne vertébrale n’ont semblé être des traitements efficaces contre la lombalgie chronique légère à modérée.

Discussion 

Cette éude est l’un des rares essais cliniques randomisés à ce jour à comparer l’efficacité de deux techniques courantes de thérapie manuelle à un placebo robuste pour le traitement de la lombalgie chronique. 

Aucun effet n’a pu être constaté en faveur du groupe de traitement sur l’évolution de la douleur et du handicap immédiatement après un traitement de 3 semaines ou lors du suivi 4 semaines après la fin du traitement. 

L’efficacité clinique des techniques de thérapie manipulatrice pour les lombalgies aiguës et subaiguës a été rapportée; cependant, les preuves de leur efficacité pour réduire la douleur chez les lombalgiques chroniques restent mitigées.

Les auteurs ont appliqué la règle de prédiction clinique de Childs pour identifier les individus souffrant de lombalgies chroniques les plus susceptibles de répondre à une manipulation vertébrale en supprimant juste le critère temps (symptômes depuis moins de 16 jours). Mais même avec cette règle de prédiction clinique destinée à trier les patients les plus à même de bénéficier de la manipulation vertébrale, il n’y a pas de résultats probants…

Cette conclusion est conforme à celles d’un autre étude (Dougherty et al), qui a également constaté qu’une version modifiée de cette règle n’était pas efficace pour distinguer les patients souffrant de lombalgies chroniques les plus susceptibles de répondre à la manipulation vertébrale. 

Bien que la cohorte de patients soit jeune il est probable qu’il existe des différences relativement faibles dans les caractéristiques de base et le pronostic selon l’âge. 

Limitations 

Il s’agit de l’administration isolée d’une technique, ce qui ne correspond pas au contexte thérapeutique la plupart du temps plus divers dans la réalité. Bien sûr, c’est dans le but d’être le plus rigoureux possible dans l’évaluation des qualités intrinsèques d’une technique.

Par ailleurs, les patients étaient globalement convaincu de la pertinence du traitement administré, quel qu’il soit.


Références bibliographiques 

James S Thomas, Brian C Clark, David W Russ, Christopher R France, Robert Ploutz-Snyder, Daniel M Corcos. Effect of Spinal Manipulative and Mobilization Therapies in Young Adults With Mild to Moderate Chronic Low Back Pain: A Randomized Clinical Trial. JAMA Netw Open. 2020 Aug 3;3(8):e2012589. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2020.12589.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre. 

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