Un tiers des lombalgiques sont plus souples lorsqu’ils souffrent moins. Et pis pas plus.


  • amélioration de la flexion lombaireIl y a les kinésithérapeutes qui pensent que de rétablir une symétrie, assouplir, gagner en amplitude, en force permet d’améliorer une lombalgie.
  • Ils ont des confrères qui pensent que tout cela, c’est sans intérêt, parce les gens sont naturellement asymétriques, que les raides ne sont pas plus lombalgiques que les souples, …
  • Il y a des kinésithérapeutes qui se disent qu’un patient qui souffre moins doit pouvoir être physiquement plus à l’aise.

Eh ben, ils peuvent avoir tous raison, mais pas tout le temps, pour tous les patients.

Dans cette revue systématique, une relation entre les changements dans les mouvements volontaires rachidiens (y compris l’activité musculaire) et les changements dans la douleur ou la limitation d’activité a été observée dans un tiers des cas (20 des 65 associations testées) dans 27 études de faible qualité impliquant 2 739 participants. 

Dans les cas où une relation a été observée, l’augmentation de l’amplitude, de la vitesse de réalisation des gestes ou de modification du relâchement des spinaux en flexion étaient liée à une amélioration de la douleur et à une limitation de l’activité dans la quasi-totalité des cas (18,5 des 20 associations observées). Ooof… Manquerait plus qu’ils aient trouvé le contraire…

L’importance de la douleur comme des déficits ne semblaient pas être des facteurs explicatifs de la relation.

Ça se trouve, on peut être douloureux et souple 

Des mouvements normaux en présence de douleurs peuvent expliquer que le lien entre mouvement et évolution ne soit pas majoritairement retrouvé. Une récente étude de cohorte de 266 personnes vient étayer cette notion en montrant qu’un sous-groupe (25%) de lombalgiques « bougeait normalement » malgré leur douleur et leur limitation d’activité. 

Ça se trouve, pour les autres, ils n’ont pas mesuré le bon mouvement limité 

Il se peut qu’un facteur non mesuré soit le principal catalyseur du changement, et ce facteur peut être différent selon les personnes (par exemple, si la flexion est le paramètre de mouvement mesuré, mais que certaines n’avaient pas de limitations en flexion et ont plutôt signalé des limitations en extension).

Ça se trouve, pour certains lombalgiques, les grandes douleurs sont cérébrales, pas physiques

Pour certains lombalgiques, les améliorations des facteurs psychologiques étaient plus fortement liées à l’amélioration de la douleur ou à la limitation de l’activité que le mouvement. 

Potentiellement, les expériences positives et un sentiment de menace réduit suite à l’exécution en toute sécurité de mouvements perçus comme dangereux ou dommageables ont amélioré la douleur et la limitation de l’activité, que le mouvement ciblé ait réellement changé ou non.

Par conséquent, certains effets thérapeutiques observés avec les interventions ciblant le mouvement peuvent ne pas être liés à un changement de ce mouvement, mais simplement à des changements dans la valeur de menace perçue par ce mouvement.

Des améliorations immédiates ou plus tardives

On a tous (?) vérifié un jour si une manipulation vertébrale lombaire permettait d’améliorer immédiatement une distance doigts-sol. Et puis comme pour une même manip, ils n’avaient pas tous le même résultat, on a arrêté le test post-manip, préférant dire «c’est nettement mieux ! » de façon systématique. Mais ça se trouve, certains sont améliorés deux jours plus tard, va savoir. Si l’étude est uniquement sur le court-terme, who knows ?

Les changements dans le mouvement lorsqu’une relation a été trouvée 

Lorsqu’une relation a été identifiée, les résultats concernant la direction des changements de mouvement liés à une amélioration de la douleur ou à une limitation de l’activité étaient très cohérents.

L’amélioration de la douleur ou la limitation de l’activité était systématiquement associée à une augmentation de l’amplitude des mouvements rachidiens, de la vitesse ou du phénomène de flexion-relaxation des spinaux (qui restent contractés chez un lombalgique et relâchés chez un sujet sain, souvent mais pas tout le temps). 

L’amélioration peut représenter un retour à un « mouvement normal », car il existe de nombreuses preuves que les personnes qui ne souffrent pas de lombalgie se déplacent en moyenne plus facilement que les personnes souffrant de lombalgie. 

La diminution d’une attitude antalgique accompagnant la fin de la lombalgie doit faire consensus chez tout le monde, même si des facteurs psychologiques, tels que la kinésiophobie sont associés à un schéma de mouvement protecteur.

Conclusion : 

Une relation entre les variations de mobilité et les variations de douleur ou de limitation d’activité a été observée au niveau individuel dans un tiers des lombalgies, mais on manque de preuves de haute qualité pour améliorer la compréhension définitive de cette relation.

Chacun peut continuer à faire ce qu’il lui plait avec les lombalgiques. Ca ne marchera pas toujours, pas chez tout le monde, mais sinon, elle est pas belle la vie de kiné ? Imaginez un médecin, un chirurgien qui fassent l’inverse de leurs confrères respectifs ?


Références bibliographiques 

danemarkaustralieKevin Wernli, Jay-Shian Tan, Peter O’Sullivan, Anne Smith, Amity Campbell, Peter Kent. Does Movement Change When Low Back Pain Changes? A Systematic Review. J Orthop Sports Phys Ther. 2020 Oct 28;1-48. doi: 10.2519/jospt.2020.9635. 

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