La vidéo-rasteréographie


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Les allemands sont depuis toujours adeptes de la rasteréographie. Ils couplent depuis peu cet outil à la marche quantifiée sur tapis roulant.

Quatre articles illustrant les possibilités de ces outils concernent l’évaluation :

  1. de la posture statique selon la position des membres
  2. de la mobilité lombaire après arthrodèse
  3. d’une différence de longueur des membres inférieurs
  4. de la posture habituelle des sujets féminins asymptomatiques

Examen de la posture statique : Dans quelle position mettre les mains ? 

61 participants en bonne santé ont été recrutés ; chaque participant a exécuté huit positions debout différentes. 

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Photos provenant de l’article

Quatre positions ont été réalisées en rotations médiales des membres inférieurs ou en position neutre et pour chacune de ces quatre positions les bras étaient le long du corps, ou croisés, ou fléchis devant le thorax ou en appui. 

Trois ensembles de topographie de surface ont été collectés dans les huit positions (n ​​= 24).

Résultats 

Aucune différence significative n’a été trouvée entre les trois mesures appariées pour toutes les positions debout (P> 0,05).

Fiabilité 

Les valeurs ICC ont démontré une excellente fiabilité pour toutes les mesures dans les huit positions (ICC entre 0,879 & 1,00 (IC95% [0,813-1,00]) [Alzyoud 2020].

Conclusion 

On fait comme on veut.

Évaluation des conséquences d’une arthrodèse lombaire

Ce protocole fournit des conseils sur la manière d’effectuer une rasterstéréographie vidéo et une analyse de la marche sur tapis roulant chez des patients avant subi une arthrodèse lombaire afin d’évaluer si leur marche et posture en ressortent modifiées. 

Une recherche de corrélation avec la mesure du soulagement de la douleur rapportée par le patient a été faite.

Procédure 

Le dispositif projette des lignes de lumière parallèles sur la surface du dos du sujet testé. La déformation de ces lignes est reconnue par l’appareil. À partir de ces données, un logiciel spécial génère ensuite un profil 3D basé sur le principe de la triangulation. 

Les paramètres de marche et d’attitude sont enregistrés à l’aide d’un tapis roulant équipé d’un dispositif de détection électrique contenant 10 200 capteurs de force de 0.85 cm x 0.85 cm sur une longueur de 150 cm x 50 cm. Les appuis sont enregistrés à la fréquence de 120 Hz. 

La vitesse de marche initiale sur le tapis roulant est de 0,5 km / h. Elle est ensuite progressivement augmentée par incrémentations de 0,1 km / h jusqu’à ce que chaque sujet atteigne sa vitesse de marche maximale. 

À cette vitesse, les paramètres sont enregistrés pendant 20 secondes. Les sujets sont testés pieds nus et sans main courante. Parmi divers autres paramètres, la largeur de la foulée, la longueur de la marche, la phase d’appui et la rotation du pied sont mesurés.

Voir la vidéo portant sur le sujet

Valeurs

Avec une imprécision de seulement 0.2 mm, il peut mesurer les changements de posture avec une très grande précision.

Fiabilité 

Les deux méthodes utilisées auraient une grande fiabilité intra comme inter-observateurs [Scheidt 2019]. 

Avantages 

  • Ces techniques extrêmement précises offrent une perspective objective et très détaillée sur les modifications de la posture et de la démarche du patient. 
  • La configuration permet ici de mesurer avec une grande précision les changements de posture et de marche après une chirurgie lombaire, mais elle peut également être appliquée à d’autres interventions chirurgicales du système musculo-squelettique.

Inconvénients

  • L’analyse dépend fortement de la sélection précise des repères anatomiques. 
  • Le dos du sujet doit être complètement déshabillé. Même le soutien-gorge ou les cheveux longs peuvent perturber le processus de numérisation.
  • En raison de la quantité de données à traiter, de la longue mise en oeuvre, ces techniques ne conviennent pas à une utilisation clinique. 

Ne pas oublier non plus le désaccord de votre banquier envers vos addictions d’achats impulsifs des derniers joujoux de rééducation.

Maintenant, si vous disposez de suffisamment de temps et d’une fortune personnelle…

Validité 

Il faut d’abord trouver un examen standard de référence de la mobilité dynamique, et surtout…

… bien prendre en compte qu’il n’y a pas toujours de liaison entre les altérations de la posture et de la marche et l’intensité de la douleur. 

Dans cette population d’opérés lombaires 

  • Une réduction des courbures thoracique et lombaire après chirurgie. 
  • Pas de modification de l’inclinaison latérale du tronc ou du transfert du bassin.
  • Une réduction de la cadence de marche à 3 mois post-opératoire
  • Pas d’amélioration significative concernant la symétrie des phases oscillantes et d’appui, ni de l’ouverture du pied (rotation latérale de hanche).

Commentaires

Utilité du joujou ? Utilité de la chirurgie ? 

Analyse d’une différence de longueur expérimentale des membres

 

La raster-stéréographie offre la possibilité de détecter et de traiter une différence de longueur du membre inférieur et ses effets dans des conditions dynamiques. Elle semble valide, comparée à une analyse quantifiée du mouvement de type Vicon [1].

Le but de l’étude [2] est de rechercher si cet examen peut détecter une différence de longueur du membre inférieur simulée dans des conditions dynamiques et déterminer s’il existe des différences entre les observations statiques et dynamiques.

Méthodes

30 sujets ont été mesurés. Ils étaient jeunes, non obèses, non lombalgiques, et sans différence de longueur des membres inférieurs remarquable.

Toutes les mesures ont été faites avec un dispositif de topographie de surface (Formetric 4D motion, Diers Il).

Une différence de longueur du membre inférieur de 1 à 4 cm a été simulée à l’aide d’une sandale construite sur mesure et de semelles de différentes épaisseurs.
L’obliquité pelvienne, la rotation et l’inclinaison latérale de la colonne vertébrale ont été mises en évidence sur un tapis roulant dans des conditions statiques et dynamiques (à la vitesse de 3 km/h).

Résultats

Dans des conditions statiques et dynamiques, une différence de longueur du membre inférieur entraîne une augmentation significative de tous les paramètres mesurés.

L’obliquité pelvienne très marquée en statique pour une différence de longueur des membres inférieurs expérimentale de 1 cm  (p <0,0001) l’est aussi en dynamique pour une différence de 1 à 2 cm, selon que la «talonnette» soit glissée sous le membre inférieur G ou D (p = 0,0001–0,042).

De même, en statique, une déviation latérale du rachis apparaît, de façon plus ou moins ample selon que la «talonnette» soit glissée à D ou à G.

Cependant, pour tous les paramètres examinés, les amplitudes des paramètres dans des conditions dynamiques sont plus petites que dans des conditions statiques.

Conclusion

L’étude a montré qu’une différence de longueur du membre inférieur simulée a également un effet significatif sur le bassin et la colonne vertébrale humains dans des conditions dynamiques, mais avec une amplitude inférieure à celle observée dans des conditions statiques.

Commentaire

Superbe appareil, sûrement au dessus de mes moyens, donc on va rester à l’estimation du sujet en statique. Ce qui tombe bien c’est que cette étude démontre qu’elle semble plus sensible que l’estimation dynamique !

Les asymétries posturales rachidiennes du sujet asymptomatique

Matériel

Le système DIERS Formetric III 4D™ (DICAM v3.7.1.7 ; DIERS International GmbH, Schlangenbad, Allemagne), une méthode de balayage optique basée sur la topographie de surface. La caméra 3D enregistre une position définie avec une fréquence allant jusqu’à 60 Hz. Les structures squelettiques entre C7 et L4 et les articulations ilio-sacrées reconstruites sont traitées par le système. La position spatiale, individuelle et tridimensionnelle est alors calculée pour chaque vertèbre et le bassin.

Comment ont-ils procédé ?

Les positions debout statiques habituelles du tronc ont été mesurées. Les données ont été analysées dans les trois plans, pour deux classes d’âge, avant et après 40 ans.

Résultats : 

Dans le plan frontal

Globalement, les corps vertébraux sont inclinés vers la droite entre la vertèbre sommet et T4 (avec un maximum en T2 et c’est pas moi qui le dit), tandis qu’entre T6 et T11 ils sont inclinés vers la gauche (avec un maximum en T7. Ce sont des valeurs de l’ordre de 1° ± 2°. T5 et L2 sont en position neutre. L’ensemble décrit une inclinaison latérale moyenne vers la droite de T2 à T7 (apex à T5).

Dans le plan sagittal

Le sommet de la cyphose se situe en T8 et le creux maximal lordotique est en L3.

Dans le plan horizontal

Les sujets présentaient une rotation moyenne du corps vertébral vers la droite allant de T6 à L4 (avec un maximum en T11 (- 2,2° ± 3,5).

Des différences liées à l’âge ont été observées dans le plan sagittal et n’avaient pour les auteurs peu d’effet sur la posture générale.

Conclusions : 

Les sujets féminins asymptomatiques se tenant dans une posture habituelle montrent une rotation vertébrale moyenne et une flexion latérale vers la droite dans les segments vertébraux T2-T7. La posture asymétrique physiologique des femmes doit effectivement être prise en compte si vous êtes un adepte de la thérapie manuelle. En chirurgie ?

Commentaire

J’en ai marre d’avoir raison 😀 Reste que comme disent les pious-pious physiothérapeutes : « et alors ? ».

Et ben, le jour où les auteurs pourront montrer qu’une seule séance de thérapie manuelle en télé-consultation modifie sur le long-terme l’attitude des sujets rachialgiques et que les sujets ont pu mal du tout, et ben les pious-pious, ils seront bien embêtés. En attendant, …


Références bibliographiques

grandebretagneAlzyoud K, Hogg P, Snaith B, Preece S, England A. Video rasterstereography of the spine and pelvis in eight erect positions: A reliability study. Radiography (Lond). 2020 Feb;26(1):e7-e13. doi: 10.1016/j.radi.2019.06.002.

(Article en accès libre en 2020)

Articles en rapport avec le sujet

[1] Betsch M, Wild M, Johnstone B, Jungbluth P, Hakimi M, Kühlmann B, et al. (2013) Evaluation of a Novel Spine and Surface Topography System for Dynamic Spinal Curvature Analysis during Gait. PLoS ONE 8(7): e70581. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0070581

Article disponible en ligne

[2] Aylin Beeck et al. Dynamic evaluation of simulated leg length inequalities and their effects on the musculoskeletal apparatus. Gait & Posture. January 2019. Volume 67, Pages 71–76

Résumé disponible en ligne

Scheidt S, Hofmann UK, Mittag F. Evaluation of Patients’ Posture and Gait Profile After Lumbar Fusion Surgery by Video Rasterstereography and Treadmill Gait Analysis. J Vis Exp. 2019 Mar 23;(145). doi: 10.3791/59103.

Articles en rapport avec le sujet

Claudia Wolf, Ulrich Betz, Janine Huthwelker, Jürgen Konradi, Ruben Sebastian Westphal, Meghan Cerpa, Lawrence Lenke, Philipp Drees. Evaluation of 3D vertebral and pelvic position by surface topography in asymptomatic females: presentation of normative reference data. J Orthop Surg Res. 2021 Dec 4;16(1):703. doi: 10.1186/s13018-021-02843-2.

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