Genou. Il vient «pour» son arthrose et est obèse. Conduite à tenir avant la prothèse


 
photo de juicy burger sur une surface en bois
Cartilage et ménisques du genou en vue externe. Photo de Valeria Boltneva sur Pexels.com

Je ne sais pas vous, mais moi, le nombre d’obèses venant se plaindre de douleurs à l’intérieur des genoux…Pas d’autre alternative plus pertinente que de proposer de la chaise à quadriceps et des bouillottes en attendant le chirurgien ? Apparemment, depuis des années, je lutte contre l’obésité sarcopénique sans le savoir…

Objectif : 

L’augmentation du risque d’infection après une PTG chez les patients ayant un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé, en particulier supérieur à 40 kg/m2, suggère que la réduction du poids avant la prothèse peut être utile. 

L’impact de la perte de poids sur la réduction du risque après PTG n’est pas clair. En outre, cette perte de poids pourrait se faire au détriment des muscles, ce qui pourrait être contre-productif et entrainer une obésité sarcopénique.

Trois questions donc :

  1. Quel est le le risque de complication après PTG en cas d’obésité (IMC ≥40 kg/m2 contre 30,0-39,9 kg/m2)
  2. Quelles sont les recommandations en matière de perte de poids pour les personnes souffrant de gonarthrose ?
  3. Est-ce que les PTG sont améliorées après une perte de poids pré-chirurgicale ?

Méthodes : 

Les bases de données Medline et CINAHL ont été examinées de janvier 2010 à mai 2020 afin d’identifier les preuves de haut niveau et/ou cliniquement influentes (revues systématiques, méta-analyses et guides de pratique clinique).

Résultats : 

  • La littérature ne montre pas de relation claire entre la perte de poids et la réduction des complications de la PTG, et aucune indication que le risque individuel d’un patient soit diminué en réduisant son IMC d’un seuil supérieur ou égal à 40 kg/m2 à un seuil inférieur ou égal à 39.9 kg/m2. 
  • Les études qui ont constaté un bénéfice de la perte de poids pour l’arthrose du genou n’ont pas inclus les patients ayant un IMC plus élevé (≥40 kg/m2) ou une arthrose du genou plus avancée. 
  • En outre, il n’y a pas de preuves claires d’un bénéfice de la perte de poids pré-chirurgicale sur les résultats de la PTG. 

Conclusion : 

Il n’y a pas de preuves d’un bénéfice de la perte de poids avant une PTG. Jusqu’à ce que les lacunes dans les connaissances soient clarifiées, il est recommandé aux praticiens de prendre en compte les besoins et les risques individuels des patients avant de recommander une perte de poids.

Je reste sur ma faim 😀 . Et du coup quoi faire ?

Les patients doivent être informés du risque d’infection lors d’une PTG posées avec un IMC plus élevé. Cependant, les discussions avec le patient sur la perte de poids doivent refléter le fait que l’obésité est une maladie chronique et complexe, influencée par la génétique, le statut socio-économique et l’environnement. 

Présenter l’obésité comme une maladie simple à modifier et axée sur la motivation ou la responsabilité personnelle reflète les préjugés liés au poids et les hypothèses inexactes selon lesquelles le poids est entièrement sous le contrôle d’un individu. 

Les chirurgiens devraient s’abstenir d’exprimer leurs attentes quant à des changements de poids extrêmes avant d’avoir l’opération (du style «perdez 15 kilos et je vous opère»). 

Une perte de poids de cette ampleur est difficile à atteindre et à maintenir en utilisant des approches de perte de poids basées sur le mode de vie (régime alimentaire et activité physique / exercice). 

Une approche consistant à fixer un objectif de perte de poids pour les patients atteints d’obésité grave avant PTG a été proposée avec orientation vers un diététicien et un kinésithérapeute. Moins de 9 % de leurs patients atteints d’obésité grave ont pu réduire leur IMC en dessous de 40 kg/m2 avant l’opération. 

D’autres auteurs ont également constaté que moins de 14 % de leurs patients souffrant d’obésité sévère avaient perdu 10 kg avant l’opération. 

Selon les auteurs, des attentes irréalistes en matière de perte de poids pourraient aliéner involontairement les patients et éroder la relation patient-clinicien, ce qui aurait pour conséquence d’éviter le recours à la chirurgie (ou au moins de faire «perdre le client» au chirurgien qui aborde le sujet 😀 ) : entre 29 % et 51 % des patients à qui l’on avait dit de perdre du poids avant l’admissibilité à une arthroplastie ne sont jamais retournés dans la même clinique orthopédique. 

Les patients qui tentent plusieurs fois de perdre du poids sans supervision (ce qui peut entraîner des cycles fréquents de perte et de reprise de poids) pourraient augmenter leur risque de perte musculaire, qui serait difficile à retrouver et aurait probablement un impact sur leur mobilité et leur potentiel de récupération. Il faut également considérer que la perte de poids n’est probablement pas nouvelle pour cette population clinique : 69,2 % des patients considérés comme étant en surpoids ou obèses et candidats à la PTG ont déjà tenté de perdre du poids. 

Une discussion respectueuse avec les patients sur leur historique pondéral et leurs tentatives antérieures de perte de poids est pertinente pour clarifier s’ils ont déjà réduit leur poids ou s’ils ont récemment tenté de perdre du poids. 

Une prise de décision à partager

Les conversations avec les patients sur les risques et les attentes en matière de chirurgie sont pertinentes pour une approche de prise de décision partagée. 

Les besoins individuels des patients, leur état de santé et leurs antécédents de perte de poids doivent être pris en compte et discutés. 

Le soutien à la gestion du poids doit être fourni dans le contexte d’interventions fondées sur des preuves solides, qui sont réalisées et supervisées par des professionnels de la santé ayant une expertise dans la gestion de l’obésité. 

L’évaluation de la composition corporelle peut être nécessaire pour déterminer si la perte de poids peut potentiellement augmenter le risque d’obésité sarcopénique. Les stratégies qui soutiennent l’optimisation de la composition corporelle (en préservant ou en augmentant la masse et la fonction musculaires tout en réduisant potentiellement la masse graisseuse) peuvent être plus bénéfiques. 

Dois-je réviser mes classiques ?

Ne manger que quelques fruits le soir et regarder Télématin tous les matins en pédalant devant pendant une demi-heure en moulinant sans résistance… Raisonnable ? Suffisant ? Dangereux ? N’hésitez pas à me communiquer vos trucs et ficelles dans les commentaires.


Références bibliographiques 

 

canadaKristine Godziuk, Carla M Prado, Lauren Beaupre, C Allyson Jones, Jason Werle, Mary Forhan. A critical review of weight loss recommendations before total knee arthroplasty. Joint Bone Spine. 2020 Dec 2;105114. doi: 10.1016/j.jbspin.2020.105114. 


Quoi d’autre sur le genou ce mois-ci sinon ? 

Le genou, c’est toujours beaucoup d’articles tous les mois. Cliquer sur le titre pour avoir le lien…

  1. Are There Differences in Concentric Isokinetic Strength Perfor-Mance Profiles between International and Non-International Elite Soccer Players?
  2. Local and Contralateral Effects after the Application of Neuromuscular Electrostimulation in Lower Limbs
  3. Risk factors of pain, physical function, and health-related quality of life in elderly people with knee osteoarthritis: A cross-sectional study
  4. Are hip and knee kinematics and training load characteristics relate to pain intensity and physical function level in runners with Patellofemoral Pain?
  5. Value of isokinetic strength testing for hamstring injury risk assessment: Should the ‘strongest’ mates stay ashore?
  6. Voluntary step execution in patients with knee osteoarthritis: Symptomatic vs. non-symptomatic legs
  7. Illustrative review of knee meniscal tear patterns, repair and replacement options, and imaging evaluation
  8. Stepped Exercise Program for Patients With Knee Osteoarthritis : A Randomized Controlled Trial
  9. Flexibility of infrapatellar fat pad affecting anterior knee pain 6 months after anterior cruciate ligament reconstruction with hamstring autograft
  10. The Combination of Exercise and Manual Therapy vs Exercise Alone in Total Knee Arthroplasty Rehabilitation: A Randomized Controlled Clinical Trial
  11. The Association of Obesity With Quadriceps Activation During Sit-to-Stand
  12. Determination of Pain Phenotypes in Knee Osteoarthritis Using Latent Profile Analysis
  13. Osteopathic Manipulative Treatment Versus Exercise Program in Runners With Patellofemoral Pain Syndrome: A Randomized Controlled Trial

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