La nouvelle définition de la douleur : disséquer les maux & les mots 


homme en chemise noire et pantalon en denim gris assis sur un banc rembourre gris

La définition originelle de la douleur était la suivante : « Une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en termes d’une telle lésion ». 

Il est devenu de plus en plus évident que le système nociceptif subit des modifications biologiques, non seulement en périphérie mais aussi au niveau central, et que les facteurs et les fonctions psychosociaux peuvent à la fois influencer la douleur et être influencés par elle. 

La définition originelle ne tenait pas compte de la douleur chez les personnes souffrant de troubles cognitifs ou non verbaux, ou des souffrances animales. Elle excluait les facteurs cognitifs et sociaux dans l’expérience de la douleur et ignorait la nature de la souffrance associée à la douleur. 

Un groupe de travail a discuté de la définition originelle pendant deux ans (2018-2020) et a proposé des changements de la définition et des notes d’accompagnement, pour aboutir à la définition suivante :

«Une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée ou ressemblant à celle associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle».

La définition actualisée sera probablement perçue comme un changement minimal. Toutefois, les physiothérapeutes et les chercheurs sont encouragés à tenir compte du message contenu dans les notes d’accompagnement, qui détermineront les initiatives futures en matière de recherche sur la douleur, d’éducation et de soins aux personnes souffrant de douleur.

La définition de la douleur doit être valable pour les douleurs aiguës et chroniques, s’appliquer à tous les mécanismes de la douleur (c’est-à-dire nociceptive, neuropathique et nociplastique), s’appliquer aux humains comme aux animaux et refléter le point de vue de l’être qui souffre. 

La définition révisée conserve l’accent sur la douleur en tant qu’expérience et sur sa nature multidimensionnelle. 

Le deuxième élément « associée à, ou ressemblant à celle associée à » a remplacé « associée à, ou décrite en termes de tels dommages », afin de supprimer l’obligation de verbaliser la douleur, ce qui permet d’inclure les personnes souffrant de troubles cognitifs et non verbaux, les animaux, et de souligner que la douleur peut se produire en l’absence de dommages tissulaires. 

L’expression « lésions tissulaires effectives ou potentielles » a été débattue, mais maintenue afin de garantir que la définition reste liée à la « douleur physique » qui se manifeste au sein d’une ou de plusieurs structures corporelles, et non à la « douleur émotionnelle » qui pourrait se produire par exemple après la perte d’un être cher. 

La présente définition continue à mettre en évidence la différence entre la douleur et la nociception, l’influence des expériences de vie sur la douleur et le respect de ce que rapporte verbalement une personne de sa douleur. 

Il est également désormais reconnu que la douleur puisse être ressentie sans dommage tissulaire manifeste et qu’elle n’est pas souvent associée à une cause physio-pathologique distincte. 

« La douleur est toujours une expérience personnelle… influencée… par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux ». 

Cette note renforce la nature individuelle de la douleur et rappelle que les facteurs biopsychosociaux influencent la variabilité observée de la douleur. Le « toujours » est un élément clé de cette note, car il indique que ces influences font partie intégrante de l’expérience de la douleur. En d’autres termes, la douleur ne peut pas être séparée en une composante biologique, psychologique, OU sociale : la douleur englobe toujours des composantes biologiques, psychologiques, ET sociales. 

« La douleur et la nociception sont des phénomènes différents. La douleur ne peut pas être déduite de l’activité des neurones sensoriels ». 

La nociception fait référence à l’activité qui se produit dans le système nerveux, périphérique ou central, en réponse à un stimulus nocif. 

La douleur, en revanche, est l’interprétation des signaux nociceptifs par le cerveau. Il est important de comprendre que, quel que soit le degré d' »objectivité » de la mesure (par exemple, biomarqueur, réflexe H ou activité IRMf), les comportements douloureux, qu’ils soient décrits par le sujet ou déduits d’autres comportements, resteront la référence pour déterminer si la douleur est ressentie. 

C’est l’indication pour les kinésithérapeutes de prendre pleinement en compte la manière dont les expériences de vie antérieures peuvent avoir un impact sur l’expérience de la douleur actuelle. 

C’est également un appel à mieux intégrer les expériences de vie antérieures dans les soins, la recherche et l’éducation. 

Les physiothérapeutes devraient adopter ce concept car si la douleur est un concept acquis, alors des stratégies autres que le simple soulagement de la douleur peuvent être utilisées pour gérer la douleur. 

« Ce que rapporte la personne sur une expérience de douleur devrait être respecté ». 

Cette note souligne l’importance du point de vue de la personne et de son propre rapport sur la douleur, que les physiothérapeutes devraient considérer comme (un acte ?) libérateur. 

Alors que les cliniciens s’inquiètent encore souvent de la véracité d’un témoignage douloureux, cette note encourage le respect et la validation du rapport de douleur d’une personne comme étant la réponse appropriée du clinicien. 

Cliniquement, les kinésithérapeutes doivent accepter le témoignage douloureux au lieu de le contester ou de le remettre en question.

« Bien que la douleur joue généralement un rôle d’adaptation, elle peut avoir des effets négatifs sur le fonctionnement et le bien-être social et psychologique ». 

Cette déclaration implique le fait que la douleur peut avoir un large impact sur l’individu et qu’elle doit être prise en compte dans l’évaluation et les plans de traitement. 

Les physiothérapeutes sont des experts en matière de fonctionnement et possèdent les compétences nécessaires pour améliorer le fonctionnement d’une personne souffrant de la douleur. Les physiothérapeutes doivent également connaître et évaluer l’impact de la douleur sur les facteurs sociaux et psychologiques et appliquer des interventions ou référer à d’autres professionnels de la santé selon le cas : 

« La description verbale n’est qu’un des nombreux comportements permettant d’exprimer la douleur ; l’incapacité à communiquer n’exclut pas la possibilité qu’un être humain ou un animal non humain éprouve de la douleur ». 

Les chercheurs et les cliniciens devront mieux définir et étudier les comportements de douleur non verbaux si nous voulons mieux comprendre l’expérience de la douleur. 

La prise en compte effective de la douleur doit être reflétée par le traitement proposé par le kinésithérapeute 

L’évaluation doit refléter le modèle biopsychosocial en intégrant l’impact de la douleur sur la personne en termes de fonction, de contexte psychologique et social. 

La fourniture de soins personnalisés et basés sur un modèle biopsychosocial, par opposition à un modèle biomédical ou biomécanique, reconnaît la nature unique et multidimensionnelle de la douleur ressentie. Si les aspects comportementaux de la douleur intéressent depuis longtemps le domaine, ils sont restés à l’arrière-plan. 

Cette définition actualisée de la douleur définit clairement la douleur comme une expérience acquise. Par conséquent, le clinicien doit être en mesure de proposer des stratégies comportementales multiples qui encouragent l’activité et l’autogestion afin de modeler cette expérience d’apprentissage de manière à aider l’individu à mieux gérer sa douleur. 


Références bibliographiques 

usaKathleen A Sluka, Steven Z George. A New Definition of Pain: Update and Implications for Physical Therapy Practice and Rehabilitation Science. Phys Ther. 2021 Jan 22;pzab019. doi: 10.1093/ptj/pzab019.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre. 


D’autres articles venant de paraître sur le sujet et méritant votre attention

Masterclass: A pragmatic approach to pain sensitivity in people with musculoskeletal disorders and implications for clinical management for musculoskeletal clinicians

Effectiveness of a structured group intervention based on pain neuroscience education for patients with fibromyalgia in primary care: a multicenter randomized open-label controlled trial

Beyond physiotherapy and pharmacological treatment for fibromyalgia syndrome: tailored tACS as a new therapeutic tool

Neuropathic Pain and Rehabilitation: A Systematic Review of International Guidelines

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s