Traitement ostéopathique de la fibromyalgie : évidemment 


personne tenant une illustration de feuilles vertes

Les ostéopathes vont décidément croire à une offensive en règle contre leur Art, mais les traitements passifs de la fibromyalgie, comment dire…quels qu’ils soient…

Il pourra toujours être dit que les médecins ne font pas de bons ostéopathes, que les ninis et les kikis font forcément mieux, qu’il n’y a pas de traitement standard en ostéopathie, que… Avec Serge Perrot dans les auteurs, on peut quand même y aller en confiance, d’autant que le descriptif exhaustif des techniques ne semble pas à l’Ouest de ce qui se fait communément dans ce contexte thérapeutique.

Sinon, même ma boulangère le dit mais l’étude en apporte la preuve, lorsque le patient « y croît » les résultats sont franchement meilleurs.

Contexte 

Les patients atteints de fibromyalgie (FM) ont souvent recours à un traitement ostéopathique ou chiropratique, malgré des preuves d’efficacité très faibles. 

Les auteurs ont cherché à évaluer l’efficacité de la manipulation ostéopathique dans la fibromyalgie dans le cadre d’un essai clinique randomisé correctement contrôlé et alimenté.

Méthodes : 

Les patients ont été randomisés pour recevoir un traitement ostéopathique ou un traitement fictif. 

Le traitement était administré par des médecins expérimentés en médecine physique et consistait en six séances par patient, sur une période de six semaines. 

La crédibilité et l’attente du traitement ont été évaluées à plusieurs reprises.

Les patients ont rempli des questionnaires standardisés au départ, pendant le traitement, et 6, 12, 24 et 52 semaines après la randomisation. 

Le principal résultat était l’intensité de la douleur (échelle visuelle analogique de 100 mm) pendant la période de traitement. 

Les résultats secondaires comprenaient la fatigue, les déficits et la qualité de vie liée à la santé. 

Les analyses étaient principalement en intention de traiter ajustées pour la crédibilité, en utilisant l’imputation multiple pour les données manquantes (S’il y a un biostatisticien parmi les lecteurs, je veux bien une explication dans les commentaires 😀 ).

Procédures 

Les sujets ont bénéficié de manipulations ostéopathiques réelles ou simulées sur une période de 6 semaines (total de six séances, une fois par semaine, sur 6 semaines consécutives). 

La première séance a eu lieu dans le mois suivant la randomisation et l’évaluation initiale. Dans les deux jours suivant la première, la troisième et la sixième séance, les patients ont rempli la version française du questionnaire de crédibilité/espérance (Credibility/Expectancy Questionnaire – CEQ). Cet instrument comprend six éléments évaluant une dimension de crédibilité basée sur la cognition (trois éléments, donnant un score de 0-30), et une dimension d’espérance basée sur l’affect (trois éléments, donnant un score de 0-30).

Les traitements ont été dispensés par quatre médecins diplômés en médecine manuelle – ostéopathie (titre officiel du diplôme universitaire français), après une période de formation au cours de laquelle les pratiques ont été harmonisées selon le protocole suivant :

Les patients atteints de FM sont généralement normalement mobiles, voire hypermobiles, avec une sensibilité musculaire diffuse et un seuil de douleur bas, et ces caractéristiques devaient être prises en compte dans le traitement. 

Les manœuvres de base utilisées étaient donc des techniques douces et indolores impliquant une mobilisation et des étirements répétitifs, dans le but de soulager la tension ou le spasme musculaire et de détendre le patient.

La manipulation par thrust n’était autorisée que dans le groupe de traitement « réel », dans les situations où une zone douloureuse localisée était identifiée.

Le traitement « réel » consistait en les manœuvres suivantes :

Le patient était d’abord placé en procubitus.

  • Chaque vertèbre de C7 à L5 a été mobilisée dans le sens dorso-ventral par une pression progressive sur l’apophyse épineuse (AP), et en rotation par une pression sur la surface latérale de l’AP (bilatéralement). Le sacrum a été mobilisé de façon répétée en nutation / contre-nutation (5-10 fois). 
  • Les muscles piriformes sont progressivement étirés. 
  • L’articulation de la hanche est ensuite mobilisée progressivement en extension combinée à l’abduction et à l’adduction pour étirer les muscles adducteurs, abducteurs et fléchisseurs (10 fois). 
  • Les épaules sont progressivement mobilisées, une par une, avec un mouvement répété de circumduction de l’articulation gléno-humérale (10 fois). 

Le patient est ensuite placé en décubitus, pour les manœuvres suivantes : 

Au niveau du cou, une traction bimanuelle, suivie d’une mobilisation répétée en flexion latérale et en rotation (des deux côtés, cinq fois, 3-5 fois chacun). 

Au niveau des épaules, une traction crâniale des deux bras, puis une traction caudale répétée d’un bras puis de l’autre, en bloquant la clavicule, ouvrant ainsi les articulations acromio-claviculaire et gléno-humérale (trois fois). 

Au niveau des hanches, des tractions répétées effectuées sur les jambes (trois fois) et l’articulation de la hanche a été mobilisée par des mouvements de circumduction. 

Enfin, le patient a été placé en décubitus latéral pour la mobilisation de la colonne lombaire et thoraco-lombaire. 

Les manipulations vertébrales étaient autorisées à n’importe quel niveau, en fonction de la plainte du patient.

Le traitement fictif

Il suivait le même ordre, mais les manœuvres étaient arrêtées à mi-parcours pour éviter la mobilisation des articulations de la colonne vertébrale. Aux hanches et aux épaules, les techniques d’étirement étaient également arrêtées à mi-chemin. Les techniques articulaires ont été simulées, sans mobilisation significative. Les manipulations vertébrales étaient interdites.

La durée du traitement (15-20 min) et les discours des médecins étaient les mêmes dans les deux groupes.

Résultats :

Au total, 101 patients (94% de femmes) ont été inclus. 

  • Le traitement ostéopathique n’a pas diminué significativement la douleur par rapport au traitement fictif (différence moyenne pendant le traitement : -2,2 mm ; intervalle de confiance à 95 %, -9,1 à 4,6 mm). 
  • Aucune différence significative n’a été observée pour les résultats secondaires. 
  • Aucun événement indésirable grave n’a été observé, malgré un rebond probable de la douleur et une altération du fonctionnement à la semaine 12 chez les patients traités par ostéopathie. 
  • L’attente du patient était prédictive de la douleur pendant le traitement, avec une diminution de 12,9 mm (4,4-21,5 mm) par 10 points sur l’échelle 0-30. 
  • La crédibilité et l’attente du traitement étaient également prédictives de plusieurs résultats secondaires.
Conclusion :

L’ostéopathie n’a apporté aucun avantage par rapport au traitement fictif en ce qui concerne la douleur, la fatigue, le fonctionnement et la qualité de vie des patients atteints de FM. 

Ces résultats ne soutiennent pas l’utilisation de l’ostéopathie pour traiter ces patients. 

Une plus grande attention devrait être accordée aux convictions des patients quant à l’intérêt d’un tel traitement. 


Références bibliographiques 

franceJoël Coste, Terkia Medkour, Jean-Yves Maigne, Marc Pérez, Françoise Laroche, Serge Perrot. Osteopathic medicine for fibromyalgia: a sham-controlled randomized clinical trial. Ther Adv Musculoskelet Dis. 2021 Apr 16;13:1759720X211009017. doi: 10.1177/1759720X211009017.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre 


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