Oeil et rachis cervical…


Environ 20 % de la population adulte européenne souffre de cervicalgie chronique [1]. Le coût financier pour la société est, actuellement estimé à plus de 200 milliards d’euros par an en Europe et à 150 milliards de dollars aux États-Unis [1].

Une hypothèse est une aggravation des symptômes en réponse à une activité musculaire statique prolongée et/ou à des tâches professionnelles répétitives, entraînant des perturbations métaboliques musculaires [2].

La colonne cervicale joue un rôle important dans l’apport proprioceptif, ce qui se reflète dans l’abondance des mécanorécepteurs cervicaux et leurs connexions centrales et réflexes avec les systèmes vestibulaires, visuels et nerveux central [3].

L’objectif de cette étude était dévaluer l’efficacité de l’entraînement proprioceptif avec un programme de rééducation oculo-cervicale pour diminuer la douleur et augmenter l’amplitude articulaire chez des patients souffrant de cervicalgie chronique.

 

Matériel et méthodes

Essai clinique contrôlé, randomisé

44 personnes réparties en deux groupes

Tous les patients ont été traités par une intervention de physiothérapie multimodale (IPM).

Le groupe expérimental a été complété par un programme d’exercices incluant la proprioception oculo-cervicale

 

Outils d’évaluation

  • les seuils de pression de la douleur (trapèze supérieur, levator scapulae et splenius capitis)
  • l’amplitude des mouvements cervicaux
  • la douleur mesurée par l’échelle visuelle analogique
  • le questionnaire de McGillQ (version espagnole)

Résultats

Le traitement par proprioception a été efficace pour réduire le seuil de pression de la douleur dans le trapèze supérieur droit (p=0.001), le trapèze supérieur gauche (p=0.014), le levator scapula droit (p=0.040) et le splenius capitis gauche (p=0.021). L’augmentation de l’amplitude articulaire était statistiquement significative (p<0.05) en faveur du programme de rééducation oculo-cervicale pour tous les mouvements évalués.

Limites

Une des limites est le manque de suivi à moyen et long terme pour évaluer la durée des résultats obtenus. Par conséquent, ces données seront intégrées dans les recherches futures. De plus, des pathologies telles que le coup du lapin pourraient être incluses de manière prospective car ces patients présentent un plus grand nombre d’altérations de la proprioception œil-cervicale [4].

Les résultats de l’étude montrent une certaine amélioration du ROM (la différence d’amélioration du ROM a été de 2 à 5° dans la plupart des directions, seulement dans quelques unes de 7 à 10°, jamais plus de 10). En outre, l’étude n’a pas réussi à démontrer une amélioration de la douleur cervicale et de la fonction.

les auteurs indiquent que des recherches supplémentaires sont nécessaires, y compris des variables pour mesurer la fonction, comme le Neck Disability Index.

En pratique

Les sujets ont reçu dix séances un jour sur deux.

Tous les patients ont été traités par une IPM qui consistait :

  • thermothérapie (micro-ondes continues de 70 W pendant 10 minutes)
  • massage thérapeutique (frottement de surface pendant 5 minutes, 10 minutes de compression et de pétrissage et 2 minutes de friction finale de surface)
  • application de courants analgésiques (stimulation électrique transcutanée des nerfs (TENS) à l’aide d’électrodes en silicone autocollantes de 4 × 4 cm, courant rectangulaire biphasique symétrique, impulsion de 200 µs de largeur et fréquence de 1 Hz pendant 10 minutes. Le patient doit percevoir une légère vibration, sans que celle-ci soit douloureuse).

L’intervention manuelle était plus que limitée.

Les patients du groupe expérimental recevait un Programme de rééducation oculo-cervicale (ECRP) [5]

Ce programme comprend 10 exercices qui ont pour but une reprogrammation proprioceptive dans la zone cervicale avec les phases suivantes :
(a) Pour stimuler la mobilité oculaire sans inclure le mouvement cervical : le patient a été placé en position couchée, le kinésithérapeute étant assis à la hauteur de la tête.
  Exercice 1. Activation des muscles oculaires. Sans bouger la tête, des exercices analytiques sur l’amplitude maximale du mouvement oculaire vers la droite, la gauche, l’avant et les pieds ont été réalisés activement. L’exercice a été répété 3 fois, d’abord avec les yeux ouverts, puis avec les yeux fermés.
  Exercice 2. Le kinésithérapeute a effectué une mobilisation passive de la colonne cervicale en rotation et en flexion-extension, tandis que le patient maintenait les yeux sur un point fixe situé dans la direction verticale. Après avoir mémorisé ce point, l’exercice était répété les yeux fermés.
(b) Pour exercer la mobilité cervicale avec un mouvement oculaire restreint, le patient est placé sur un tabouret rotatif. La mobilité oculaire est exclue avec des lunettes opaques qui permettent exclusivement la vision fovéale.
  Exercice 3. Des exercices d’analyse de la mobilité cervicale ont été réalisés activement. Le but était de maintenir le regard sur une cible aussi loin que possible dans chacune des directions. Chaque mouvement était répété 3 fois.
  Exercice 4. Exercice global de mobilité cervicale. Le patient suit des yeux un parcours géométrique complexe ou un graphique peint sur le mur.
  Exercice 5. Travail de mobilité cervicale avec le tronc. Le patient fixe son regard sur une cible sur le mur, tandis que le physiothérapeute déstabilise le tronc dans toutes les directions de manière combinée.
  Exercice 6. Exercice de repositionnement de la tête (premier degré). Le patient était placé devant un miroir dans la position correcte. Après avoir mémorisé cette position, il devait effectuer des mouvements les yeux fermés (flexion-extension, rotations et flexions latérales). Sans ouvrir les yeux, le patient doit essayer de revenir à la position de départ. Cet exercice est répété 10 fois.
  Exercice 7. Exercice de repositionnement de la tête (second degré). Cet exercice est le même que l’exercice précédent sauf que le kinésithérapeute a déstabilisé le patient.
(c) Enfin, stimulation de la coordination des mouvements des yeux et du cou. Le patient continue à s’asseoir sur le tabouret, dans ce cas, sans les lunettes.
  Exercice 8. Exercice de coordination libre. Le kinésithérapeute se tenait devant le patient avec un objet dans sa main. Le patient fixait ses yeux sur cet objet, qui était dirigé par le kinésithérapeute avec l’intention d’atteindre l’amplitude maximale dans chacun des mouvements. La durée de cet exercice était d’une minute, et il a été répété deux fois. L’amplitude des mouvements effectués par le kinésithérapeute dépendait de l’état du patient mais était appliquée sur toute l’amplitude articulaire disponible.
  Exercice 9. Exercice de coordination de la résistance manuelle. Le kinésithérapeute se tenait derrière le patient. Le sujet devait se déplacer dans une direction demandée et, à son tour, le kinésithérapeute offrait une résistance manuelle au mouvement. Comme pour l’exercice 8, l’amplitude et la résistance dépendaient de la condition physique du patient. La durée était de 2 minutes.
  Exercice 10. Travail de coordination oculo-cervicale et stimuli manuels multidirectionnels. L’exercice 9 a été répété ; cependant, au lieu d’offrir une résistance manuelle, le physiothérapeute a effectué des déséquilibres doux sur la tête du patient. La durée était de deux minutes.

 

 

Références bibliographiques

Pérez-Cabezas V, Ruiz-Molinero C, Jimenez-Rejano JJ, Chamorro-Moriana G, Gonzalez-Medina G, Chillon-Martinez R. Effectiveness of an Eye-Cervical Re-Education Program in Chronic Neck Pain: A Randomized Clinical Trial. Evid Based Complement Alternat Med. 2020 Feb 26;2020:2760413. doi: 10.1155/2020/2760413. PMID: 32184889; PMCID: PMC7061123.

  1. O. Van Hecke, N. Torrance, and B. H. Smith, “Chronic pain epidemiology and its clinical relevance,” British Journal of Anaesthesia, vol. 111, no. 1, pp. 13–18, 2013.
  2. L. L. Andersen, C. H. Andersen, E. Sundstrup, M. D. Jakobsen, O. S. Mortensen, and M. K. Zebis, “Central adaptation of pain perception in response to rehabilitation of musculoskeletal pain: randomized controlled trial,” Pain Physician, vol. 15, no. 5, pp. 385–394, 2012.
  3. J. Treleaven, “Sensorimotor disturbances in neck disorders affecting postural stability, head and eye movement control,” Manual Therapy, vol. 13, no. 1, pp. 2–11, 2008.
  4. J. Treleaven, G. Jull, and N. LowChoy, “Smooth pursuit neck torsion test in whiplash-associated disorders: relationship to self-reports of neck pain and disability, dizziness and anxiety,” Journal of Rehabilitation Medicine, vol. 37, no. 4, pp. 219–223, 2005.
  5. M. Revel, M. Minguet, P. Gergoy, J. Vaillant, and J. L. Manuel, “Changes in cervicocephalic kinesthesia after a proprioceptive rehabilitation program in patients with neck pain: a randomized controlled study,” Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, vol. 75, no. 8, pp. 895–899, 1994.

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