Vous avez des becs de perroquet ? bougez moins


Deux notes sur les discussion de comptoir entre praticiens et patients qui prétendent se faire mordre la colonne par des becs de perroquet. Il y a des chercheurs qui cherchent sur le sujet, y compris des tortionnaires de lapines néo-zélandaises volontaires et grassement payées, juste pour que ayez l’argument ultime face à ce patient qui en sait plus que vous.

I- Les ostéophytes semblent plus associés aux mouvements qu’aux contraintes

Une étude transversale [1] portant sur 273 squelettes humains âgés de 20 à 93 ans, retrouve une prévalence élevée d’ostéophytes sur C5 (sommet de la lordose ?), faible sur C7 (pic de cyphose ?). Bien sûr ils sont plus nombreux chez les sujets âgés. Ils sont sans lien avec le sexe ou l’ethnie.

Quel rapport avec la pathologie ?

Les ostéophytes sont issus d’une prolifération de l’anneau fibreux, ossification du cartilage hyalin fortement lié à la sénescence.

Des expériences menées sur des lapins ont montré que la dégénérescence discale induite par une incision antérieure du disque au scalpel entraîne la croissance d’ostéophytes dans les vertèbres adjacentes [2]. 

De même, la dégénérescence articulaire du genou induite par un dommage chimique entraînerait la formation rapide d’ostéophytes [3]. 

Des études de cas ont suggéré que des ostéophytes peuvent se développer suite à un traumatisme de la colonne vertébrale. Ils sont la plupart du temps situés en région antéro-latérale, mais on leur attribue la responsabilité de douleurs cervicales voire d’obstacle mécanique et de dysphagie lorsqu’ils sont de grande taille, de compression de l’artère vertébrale pour les plus latéraux.

Pourquoi sont-ils présents ?

Leur formation est classiquement attribuée à une charge de compression élevée (l’os proliférant sous la pression) et il est suggéré qu’ils contribuent à la stabilité de la colonne vertébrale en flexion.

Sauf que :

Pour les cervicales, la plus grande prévalence d’ostéophytes se situant en C5/C6 coincide avec l’apex lordotique exposant le disque intervertébral C5/C6 au maximum des mouvements de flexion/extension. Cela génère un stress considérable sur les os et le disque intervertébral, principalement l’annulus fibrosus. 

Cette observation est retrouvée dans d’autres études ainsi qu’au niveau lombaire, à savoir que la prévalence la plus élevée d’ostéophytes a été trouvée un segment plus bas que l’apex lordotique lombaire. 

Cela suggère que la charge n’est pas la principale cause du développement des ostéophytes dans la colonne cervicale, car si c’était le cas, la prévalence la plus élevée aurait été trouvée au niveau du segment C6/C7. 

A contrario, le fait que les segments C3/C4 et C6/C7 présentent le moins de formation d’ostéophytes peut être attribué à la quantité relativement faible de mouvement se produisant dans ces segments.

Les ostéophytes sont la conséquence de mouvements importants ? Une tentative de stabilisation osseuse ?

Au niveau cervical, les ostéophytes sont plus fréquents à la partie inférieure de la vertèbre supérieure qu’à la partie supérieure de la vertèbre inférieure. 

Les auteurs supposent que cela est dû à la forme trapézoïdale de la vertèbre, qui repose en « pagode » sur la vertèbre sous-jacente. Cette disposition morphologique permet au disque intervertébral de mieux résister aux mouvements de torsion et assure en même temps la stabilité de la colonne. 

Les ostéophytes auraient alors un rôle adaptatif contribuant au maintien de la stabilité vertébrale. Cela a été suggéré aussi pour la hanche, dont des ostéophytes volumineux permettent d’améliorer un recouvrement déficient de la tête fémorale.

II- La raideur rachidienne matinale est associée aux becs de perroquet

20 ans que je balaie d’un revers de main les plaintes des patients catastrophés à la vue de leurs radiographies lombaires en leur disant que l’arthrose rachidienne c’est pas douloureux et je tombe sur ce résumé d’un article de Physical Therapy.

Tiens, j’ai même pas envie de le lire leur article. 

Vas-y, fait moi rêver

Les patients lombalgiques indiquent souvent une raideur rachidienne matinale. Ce symptôme pourrait être utile pour identifier des sous-groupes présentant des signes et symptômes liés à l’arthrose vertébrale.

Cette étude a cherché à savoir s’il existe une association entre les plaintes de raideur rachidienne matinale et les signes radiographiques de dégénérescence du disque lombaire chez les personnes souffrant de lombalgie et d’antécédents de douleur à la hanche et / ou au genou.

Conception 

C’est une étude transversale qui a utilisé des données de suivi sur 8 ans (étude Cohort Hip and Cohort Knee).

Méthode

L’association entre la rigidité matinale vertébrale et les caractéristiques radiographiques a été évaluée dans une analyse multivariée.

Résultats 

La présence d’ostéophytes était significativement associée à une raideur rachidienne matinale (odds-ratio = 2,1 IC95%[1,3 à 3,2]), tout comme la présence d’un rétrécissement de l’espace disque de grade 2 ou 3 (OR = 2,0 IC95% [1,1-3,5]). 

Il y avait aussi une association significative entre la raideur matinale persistante pendant > 30 minutes et les ostéophytes de grade 2 (OR = 2,6 IC 95%[1,1 à 6,2]) et le rétrécissement de l’espace disque de grade 1 (OR = 2,0 IC 95% [1,1 à 3,6 ]). 

De plus, il y avait une association significative entre une raideur rachidienne modérée du matin et la présence d’ostéophytes (OR = 2,0 IC95% [1,2 à 3,2]). 

La présence d’ostéophytes et le rétrécissement de l’espace disque étaient significativement associés à une raideur vertébrale matinale sévère.

Limites de l’étude

Seules les radiographies lombaires sagittales étaient disponibles pour chaque participant, ce qui implique que les caractéristiques de dégénérescence discales  aient pu être sous-estimées. La qualité des radiographies n’était pas cohérente.

Conclusion 

Cette étude a montré une association entre la raideur matinale rachidienne auto-déclarée et la dégénérescence discale symptomatique. 

Lorsque la raideur matinale dure plus de 30 minutes, il y a une association significative avec les caractéristiques de la dégénérescence discale. L’association était plus forte lorsque la sévérité de la raideur matinale vertébrale augmentait.

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé. 


Références bibliographiques 

[1] David Ezra, Einat Kedar, Khalil Salame, Deborah Alperovitch-Najenson, Israel Hershkovitz. Osteophytes on the zygapophyseal (facet) joints of the cervical spine (C3-C7): A skeletal study . Anat Rec (Hoboken). 2022 May;305(5):1065-1072. doi: 10.1002/ar.24751. 

[2] Lipson SJ, Muir H. 1980. Vertebral osteophyte formation in experimental disc degeneration. Morphologic and proteoglycan changes over time. Arthritis Rheum 23:319–324.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre

hollandevan den Berg R, Jongbloed EM, Kuchuk NO, Koes BW, Oei EHG, Bierma-Zeinstra SMA, Luijsterburg PAJ. Association Between Self-Reported Spinal Morning Stiffness and Radiographic Evidence of Lumbar Disk Degeneration in Participants of the Cohort Hip and Cohort Knee (CHECK) Study. Phys Ther. 2020 Feb 7;100(2):255-267. doi: 10.1093/ptj/pzz170.

Articles en rapport avec le sujet

[3] Williams JA, Thonar EJ-MA. 1989. Early osteophyte formation after chemically induced articular cartilage injury. Am J Sports Med 17:7–15.

Photo de Brett Sayles sur Pexels.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s