Ce que vous devriez savoir avant de commencer la rééducation de votre coiffe des rotateurs


femme porter camisole noir

Vous souffrez de l’épaule. Bienvenue au club ! Beaucoup d’entre nous souffrons ou avons souffert d’une douleur d’épaule.

Cette douleur est la plupart du temps attribuée aux muscles de la coiffe des rotateurs.

Dans la plupart des cas ces douleurs finissent par s’améliorer avec des conseils et des exercices.


cautionRemarque importante : Cette fiche est uniquement à destination des patients qui viennent me consulter pour ce problème. Elle n’est peut être absolument pas indiquée pour vous, qui pouvez souffrir de l’épaule pour toute autre raison qu’une douleur attribuée à la coiffe des rotateurs. Vous pouvez bien sûr en prendre connaissance, mais surtout, demandez à votre kinésithérapeute ou à votre médecin si c’est bien en rapport avec votre pathologie.


C’est quoi la coiffe des rotateurs ?

Votre épaule a deux articulations principales :

Voici une épaule gauche, vue de face.

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  • L’articulation scapulo-humérale (G) entre l’humérus (K) et l’omoplate. C’est une articulation en forme de rotule avec un humérus en forme de boule qui s’articule avec la glène de l’omoplate, en forme de soucoupe de tasse à café.
  • L’articulation acromio-claviculaire (A) qui permet à la clavicule (J) de se reposer sur l’acromion (B), partie externe de l’omoplate.

À quoi correspond la coiffe des rotateurs ?

C’est une sangle de muscles profonds provenant de l’omoplate et recouvrant l’articulation scapulo-humérale. Dans l’image ci-dessous – qui correspond à une vue de dos d’une épaule gauche, les muscles de la coiffe sont en rouge. Les muscles abaissant l’épaule sont en bleu, les muscles superficiels les recouvrant  sont en vert et découpés pour mettre en évidence les muscles de la coiffe.

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A quoi elle sert ?

1°- Comme elle entoure la tête de l’humérus, lorsque ses muscles se contractent, cela permet le mouvement de la plupart des mouvements de l’épaule (comme par exemple lorsqu’on lève le bras, ici sur une épaule gauche vue de face). 

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2°- Comme elle entoure la tête de l’humérus, elle stabilise et centre la boule de l’humérus sur la glène de l’omoplate lors des mouvements.

Quels sont les symptômes les plus habituels d’une douleur attribuée à la coiffe des rotateurs ?

  1. Une douleur à la partie antérieure et latérale du sommet de l’épaule. La plupart du temps, elle fait mal la nuit lorsque vous vous couchez dessus ou que vous vous retournez.
  2. Une douleur lorsque vous levez le bras au dessus de l’horizontale.

L’amplitude du mouvement n’est habituellement pas limitée par autre chose que la douleur.

Pas de limitations articulaires ?

Dans les cas les plus intenses, vous pouvez avoir une limitation articulaire lorsque vos douleurs restent très vives très longtemps. Vous transformez alors votre douleur locale en une douleur globale de l’épaule vous rendant complètement impotent. Souvent, les médecins appellent ça capsule rétractile, parce ce qu’ils estiment que l’enveloppe de l’articulation se rétracte et gêne l’élévation du bras.

Remarquez que, même dans ce cas, les amplitudes obtenues en écartant le bras sont franchement différentes lorsque vous êtes anesthésié et que votre cerveau perd le contrôle de vos mouvements : les photos ci-dessous ont été prises avant (pre anesthesia) et pendant une anesthésie (post anesthesia) et illustrent bien à quoi conduit la peur qu’à un patient de bouger son épaule quand elle est trop sensible :

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Photos provenant de l’article de Hollmann 2018

Quelle est la cause de la douleur à l’épaule ?

Le phénomène d’apparition de la douleur est complexe et fait appel à une combinaison de facteurs physiques et liés à votre mode de vie :

  • Vieillir
  • Perdre de la force musculaire
  • Compromettre son espérance de vie avec du diabète et une mauvaise diététique
  • Avoir consommé certains médicaments comme les fluoroquinolones (un type d’antibiotique agressif pour les tendons)
  • Un passé, présent ou court futur de fumeur
  • Des mouvements répétitifs de l’épaule, particulièrement au dessus de l’horizontale.

Ces facteurs sont susceptibles de réduire la capacité de l’épaule à faire face aux gestes de la vie quotidienne et en conséquence de la rendre plus facilement douloureuse.

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La majorité des douleurs de la coiffe des rotateurs s’installe de façon insidieuse et progressive. Elles peuvent aussi se déclencher à partir d’un traumatisme, d’une chute. Elles nécessitent alors une consultation médicale pour faire un diagnostic différentiel.

Comment peut-on diagnostiquer une douleur d’épaule liée à la coiffe des rotateurs ?

Ce sont les professionnels de santé habitués à prendre en charge les troubles musculo-squelettiques qui pourront établir ce diagnostic en vous posant des questions sur ce qui module votre douleur et en examinant la mobilité & la force de votre épaule.

Mais faites attention….

Longtemps, et encore aujourd’hui pour ceux qui ne se tiennent pas au courant des études parues depuis une quinzaine d’années, les médecins, radiologues, kinésithérapeutes, ostéopathes, … ont cru à une hypothèse anatomique de vos douleurs. Vous aviez mal à l’épaule parce que quelque chose à l’épaule n’était pas à sa place, parce qu’un os était trop long, un tendon trop abimé, …

trois personnes regardant le resultat des rayons x
Photo de EVG Culture sur Pexels.com

On sait aujourd’hui que c’est globalement faux, mais ce sont aussi à cause des croyances de ces praticiens qu’aujourd’hui comme hier vos douleurs durent aussi longtemps.

Lorsque j’ai mal à l’épaule, est-ce que cela signifie que mon épaule est abimée ?

Non. A l’épaule comme aux autres articulations du corps, la douleur n’est PAS en rapport avec la fragilité d’une articulation. Vous pouvez souffrir le martyr avec une épaule anatomiquement intacte et ne pas souffrir avec une épaule apparaissant quasiment détruite à l’IRM, à l’échographie.

Ces examens retrouvent souvent des «caresses du temps», amincissements des tendons, tendons rompus, troués, interfaces de glissements abimés (bursite), calcifications tendineuses, os biscornus, …qui sont juste la preuve que vous n’avez plus 20 ans. Et pis pas pu.

Mais la plupart du temps :

  1. Seule une épaule est analysée (l’épaule de l’autre côté peut être aussi abîmée par le temps qui passe que celle qui fait mal mais on ne compare pas les deux)
  2. Si on vous faisait passer le même examen une fois votre épaule guérie, vous ne retrouveriez aucune modification anatomique.

Du coup, est-ce que j’ai besoin d’une IRM ou d’une échographie ? 

Non. Ces examens ne servent à rien pour mettre en évidence ou confirmer une douleur d’épaule. Au contraire, ils ont sur vous un effet négatif, en vous persuadant que votre épaule est abîmée, puisque vous ne comprenez pas le charabia des trois pages de compte-rendu de l’examen, ce qui renforce vos pensées négatives voire votre catastrophisme et vous rendent ENCORE PLUS douloureux.

On a aujourd’hui des preuves scientifiques que des douleurs d’épaule peuvent s’améliorer avec les exercices, même avec des coiffes des rotateurs complètement rompues.

Si vous avez réellement fait vos exercices pendant trois mois et pris en compte les facteurs qui pourraient aggraver vos douleurs et que vous n’avez toujours pas de résultats, une IRM peut à ce stade être prescrite, mais c’est inhabituel car 8 patients sur 10 répondent bien au traitement.

Est-ce qu’on doit m’opérer ?

La majorité des patients n’ont pas besoin de chirurgie. Une opération ne doit être considérée que si tous les traitements bien conduits ont été réalisés sans amélioration. La recherche a montré que les exercices sont aussi efficaces que les injections de cortisone ou la chirurgie six mois ou plus après l’intervention.

Beaucoup de patients pensent logiquement que s’ils ont un tendon cassé dans leur épaule, celui-ci doit être réparé et suturé. Dans d’autres cas, comme dans un traumatisme, une chute, ce peut être le cas ; pas dans l’immense majorité des douleurs d’épaule.

J’ai tout essayé. J’ai toujours mal et je ne peux toujours pas me servir correctement de l’épaule. On me conseille de me faire opérer. Qu’est-ce que cela impliquera ?

Un chirurgien propose essentiellement deux types d’intervention. 

  • Réparer la coiffe des rotateurs, lorsqu’il considère que l’IRM montre des ruptures trop importantes pour que cela s’arrange naturellement.
  • Décomprimer l’espace entre omoplate et humérus (décompression sub-acromiale), pour que les tendons de la coiffe des rotateurs aient plus d’espace pour glisser lors de vos mouvements. Il s’agit de raboter une partie de l’omoplate et de retirer toutes les parties molles susceptibles de gêner le glissement.

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Le chirurgien rabote et enlève tout ce qui pourrait empêcher les tendons de la coiffe de glisser entre humérus et omoplate.

Il faut savoir :

1°- Qu’il n’y a pas de différences dans les résultats entre une décompression sub-acromiale réelle et une décompression sub-acromiale simulée (le chirurgien fait deux trous pour faire pénétrer ses outils d’arthroscopie et les suture sans rien faire), que ce soit à 6 mois ou un an après le geste chirurgical [Beard 2017].

2°- Que la hauteur d’un espace sous-acromial n’est statistiquement pas plus faible quand on a mal à l’épaule et quand on n’a pas mal [Park 2020].

Il a été avancé que les patients qui sont améliorés après cette intervention le soient par pur effet placebo et/ou uniquement à cause de la rééducation post-opératoire, à base d’exercices…

Il y a aussi des risques pendant ou après l’intervention (infection, saignements, toucher un nerf, faire une réaction allergique à l’anesthésie ou aux médicaments). Il y a aussi le fait que votre épaule ne sera pas plus habile ou moins douloureuse après l’intervention. 

Quels sont les risques d’un traitement à base d’exercices ?

S’ils sont réalisés correctement, les risques sont très faibles et se limitent à une exacerbation de la douleur ou la survenue de quelques contractures. Il est inhabituel que la pathologie s’aggrave en faisant des exercices.

Mais ça fait mal ! C’est normal de ressentir de la douleur lors des  activités de la vie quotidienne et lorsque je fais mes exercices ?

Oui. Votre épaule est en bon état, mais elle est juste trop sensible. Les capteurs qui renseignent votre cerveau sur les contraintes, la température et l’acidité des muscles de votre épaule sont juste mal réglés. Votre cerveau reçoit ces messages de danger et en conclut que vous ne devez pas vous servir de l’épaule tant qu’il ne saura pas pourquoi elle ne fonctionne pas comme avant. Du coup, il vous fait mal à l’épaule. 

C’est à vous de briser ce cercle vicieux. 

Tout est question de dosage, de contexte et de progression ; si vous avez mal lors d’un geste particulier, il faut en réduire l’intensité et/ou le faire d’une autre façon.

Servez-vous de l’échelle visuelle analogique de la douleur pour la quantifier : si votre douleur n’est pas au delà de 5/10, vous devez juste aménager vos activités, pas les arrêter. 

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 Qu’est-ce que je peux faire pour me sentir mieux ?

La plupart des patients observent une amélioration significative de leur douleur et de leurs activités dans une période de trois mois. Cela ne signifie pas qu’il faille attendre 12 semaines pour ne plus avoir mal du tout. Cela ne signifie pas non plus qu’il faut vous attendre à être guéri au bout d’une semaine d’exercices…

Les traitements reconnus peuvent comporter : 

  • Un programme d’exercice adaptés à vous pour renforcer l’endurance des mucles de votre épaule.
  • Un évitement des activités les plus douloureuses le premier mois jusqu’à diminution des douleurs
  • La prise de médicaments contre la douleur ou anti-inflammatoires.

Les autres interventions peuvent inclure des contentions souples, du massage, de l’acupuncture ou dry needling. Les injections de cortisone peuvent être utilisées pour réduire la douleur afin de favoriser les exercices. 

C’est quand même étrange de faire des exercices alors que c’est justement l’activité physique qui est douloureuse !

Il faut prendre ça comme une désensibilisation. C’est ce que fait un allergologue quand il vous traite pendant des mois lorsque vous êtes sensible aux poils de chiens, aux  acariens, une lessive…. 

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Cela met du temps mais il vous faut vous confronter à des mouvements répétitifs, modulés pour finir par convaincre votre cerveau de la non-fragilité de votre épaule. 

Moi, je préfère éviter de faire bouger mon bras parce que je ne veux pas l’abimer plus. 

C’est tout le contraire de ce qui doit être fait. Vous ne risquez rien à bouger, tout à ne rien faire. Le traitement, ce n’est pas 2 heures d’exercices par semaine, mais 12 heures d’activités de la vie quotidienne adaptées tous les jours. MOINS vous utiliserez votre épaule, PLUS vous aurez mal.

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Euh… en fait, ça ne se passe pas très bien au travail et ça n’arrange pas mon épaule. Au moins, tant que je suis en arrêt, j’ai mal, mais je ne suis pas en conflit avec mon chef…

C’est tout à fait concevable, mais dans ce cas là vous n’avez pas besoin de moi ! Je ne suis pas là pour vous juger, mais pour vous aider. Je ne suis pas médecin-conseil, ni médecin du travail, ni juge… , et je n’ai de compte à rendre qu’à vous.

Vous pouvez, consciemment, ou la plupart du temps inconsciemment, vous installer dans  une douleur d’épaule, qui est la meilleure des solutions que votre cerveau à trouvé pour faire face à une situation intenable : un boulot de m…, un chef qui vous emm…, une retraite qui s’éloigne de plus en plus, un beau-frère qui insiste pour vous faire faire de l’escalade alors que vous avez peur du vide, ce petit c.. qui vous balade sur le court de tennis, …. 

Il vous faut juste passer du temps chez le kiné pour bien justifier que vous vous soignez ? Vous devriez alors prendre rendez-vous chez des confrères qui sont très bien équipés pour vous soigner pendant des mois sans trop s’occuper de vous : D . 


Références bibliographiques 

Le texte précédent  est fortement inspiré du document élaboré pour le patient scapulalgique par une université australienne (Monash University) cité dans l’étude ci-dessous :

australieKate Cridland, Shane Pritchard, Sangeeta Rathi, Peter Malliaras.‘He explains it in a way that I have confidence he knows what he is doing’: A qualitative study of patients’ experiences and perspectives of rotator-cuff-related shoulder pain education. Musculoskeletal Care. 2020 Dec 1. doi: 10.1002/msc.1528.

Pr. David J Beard et al. Arthroscopic subacromial decompression for subacromial shoulder pain (CSAW): a multicentre, pragmatic, parallel group, placebo-controlled, three-group, randomised surgical trial. The Lancet Published online November 20, 2017

L. Hollmann, M. Halaki, S.J. Kamperc M. Habere, K.A. Ginn. Does muscle guarding play a role in range of motion loss in patients with frozen shoulder? Musculoskeletal Science and Practice 37 (2018) 64–68

australieSoo Whan Park, Yuan Tai Chen, Lindsay Thompson  et al. No relationship between the acromiohumeral distance and pain in adults with subacromial pain syndrome: a systematic review and meta-analysis. Sci Rep. 2020 Nov 26;10(1):20611. doi: 10.1038/s41598-020-76704-z.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre. 

 

3 commentaires

  1. Oh comme c’est bon de lire cet article ! Belle synthèse, merci. Parfois je me pends à rêver de chir placebo sur certaines coxarthroses ou gonarthroses, dont je lis des radios pré-op avec un cartilage de bonne hauteur et le patient ne présentant pas ou peu de raideur articulaire.. L’effet placebo + la kiné post-op ne résoudraient-ils pas aussi le problème ? Mais dur de faire des radios de contrôle placebo sans la prothèse annoncée !!…

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