L’oeil du maquignon, vraiment ? 


Les kinésithérapeutes sont réputés pouvoir faire une analyse cinétique précise de différents gestes quotidiens ou professionnels. Il a été évalué que par exemple, pour la réception d’un saut, ils pouvaient déterminer avec une relative concordance les sujets à risque de syndrome fémoro-patellaire. 

Le lever de charges fait partie des gestes contraignants susceptibles d’être mal vécus par certains patients. Est-ce que des kinésithérapeutes sont aussi capables d’avoir un oeil de lynx sur la « bonne » et la « mauvaise » façon de lever une charge ? C’est ce qu’aborde cette étude.

Objectifs de cette étude [Falk 2021]: 

Étudier la concordance des évaluations visuelles faites par les kinésithérapeutes des mouvements lombo-pelviens pendant l’accroupissement et le soulevé de terre, ainsi que les mouvements « mal réalisés ».

Type d’étude : 

Quantitative transversale.

Participants : 

Haltérophiles.

Cadre : 

Les haltérophiles ont été enregistrés simultanément par vidéo et par un système d’unité de mesure inertielle (IMU) pendant qu’ils effectuaient des squats et des deadlifts. À tort [Aasa 2015] ou à raison  [Yanagisawa 2021], les recommandations conventionnelles suggèrent que le rachis soit maintenu en position neutre tout au long du mouvement. On ne va pas rentrer dans ce débat-là 😀

Les kinésithérapeutes ont évalué les vidéos et noté si des mouvements lombo-pelviens spécifiques étaient visibles pendant les soulèvements et si l’amplitude du mouvement était considérée comme préjudiciable (sortant de la zone neutre).

Principales mesures des résultats : 

La présence ou non d’une rétroversion du bassin et l’estimation de son caractère préjudiciable pour le sujet ont été comparées aux degrés de mouvement mesurés par les capteurs inertiels.

Procédure

Les sujets ont reçu l’instruction d’effectuer trois répétitions consécutives à 70 % de leur 1 RM auto-estimé de deadlift et de squat. Ils faisaient une pause d’environ 1 à 2 s en position debout entre chaque répétition du squat et posaient la barre entre les répétitions du deadlift. 

Les kinésithérapeutes ont reçu un e-mail contenant des instructions écrites et une vidéo décrivant la procédure des évaluations visuelles. Les vidéos étaient divisées et montrées dans des clips vidéo séparés, classés comme squats ou deadlifts. Les clips vidéo de chaque catégorie respective ont été mélangés et affichés dans un ordre aléatoire. Les kinésithérapeutes évaluaient d’abord les squats, puis les deadlifts. Ils pouvaient revoir chaque vidéo jusqu’à ce qu’ils soient satisfaits de leur évaluation. 

Conclusions : 

Les kinésithérapeutes n’ont pas détecté de manière cohérente les mouvements lombo-pelviens lors des squats et des deadlifts effectués par des haltérophiles de compétition. Il fallait une retroversion de bassin égale ou supérieure à 34° pour qu’elle soit repérable par les kinésithérapeutes.

Pourquoi n’est on pas bons ? 

Il y avait de bonnes raisons de se tromper pour l’évaluateur dans cette étude :

Si l’athlète fléchissait le bas du dos pendant l’accroupissement, commençait le soulevé avec le bas du dos fléchi, fléchissait le bas du dos pendant le soulevé ou étendait excessivement le bas du dos dans le verrouillage du soulevé, les kinésithérapeutes ne pouvaient pas distinguer le groupe positif du groupe négatif (identifiés par les capteurs inertiels).

La région lombo-pelvienne est constituée de plus de segments de mouvement avec plus de degrés de liberté que le membre inférieur. Il peut être plus difficile d’évaluer précisément des rotations pelviennes que des inclinaisons verticale ou horizontales de segments de membre.

Le comportement des articulations sus et sous-jacentes peut modifier le jeu lombo-sacré. 

Moralité 

L’oeil c’est bien, le capteur et la vidéo, c’est mieux…


Références bibliographiques 

Aasa, B., Berglund, L., Michaelson, P., & Aasa, U. (2015). Individualized low-load motor control exercises and education versus a high-load lifting exercise and education to improve activity, pain intensity, and physical performance in patients with low back pain: A randomized controlled trial. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 45(2), 77e85. https://doi.org/10.2519/jospt.2015.5021. b71-74.

Jimmy Falk, Ulrika Aasa, Lars Berglund. How accurate are visual assessments by physical therapists of lumbo-pelvic movements during the squat and deadlift? Phys Ther Sport. 2021 Jul,50:195-200. doi: 10.1016/j.ptsp.2021.05.011.

Yanagisawa, O., Oshikawa, T., Adachi, G., Matsunaga, N., & Kaneoka, K. (2021). Acute effects of varying squat depths on lumbar intervertebral disks during high-load barbell back squat exercise. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 31(2), 350e357. https://doi.org/10.1111/sms.13850 

Photo de cottonbro sur Pexels.com

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